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Quel antalgique est fait pour vous ?

Les antalgiques sont les meilleurs alliés contre la douleur. Plébiscités, ce sont les médicaments les plus vendus en France. Mais si les trois plus courants – paracétamol, ibuprofène et aspirine – fonctionnent plus ou moins de la même manière, certains vous conviendront mieux que d’autres

La douleur, et comment la neutraliser

Commençons par décrypter le phénomène de la souffrance. Tout commence dans les récepteurs de la douleur, qui sont de deux catégories : d’abord, ceux situés sur la peau et les muqueuses – la sensibilité superficielle –, puis d’autres, plus profonds, se situent dans les organes, les os et les articulations – la sensibilité profonde. Quand le corps est victime d’une agression supérieure à un certain seuil, les récepteurs envoient l’information via les nerfs sensitifs qui convergent vers la moelle épinière. L’information « douloureuse » remonte ainsi vers le tronc cérébral, la structure juste en dessous du cerveau. Les douleurs à la tête sont un cas particulier puisque les nerfs sensitifs sont directement reliés au tronc cérébral. Toutes les douleurs issues de la moitié droite du corps sont traitées par le cerveau gauche et vice-versa : on parle d’informations croisées. L’influx nerveux douloureux est décodé par le thalamus qui le transforme en une information compréhensible par le cerveau : c’est ce dernier qui va être capable d’analyser la douleur. Il peut, par exemple, déceler la zone précise de l’épaule où nous avons mal et savoir que c’est une piqûre, vraisemblablement causée par une guêpe puisque nous l’avons entendue bourdonner à nos oreilles… Pourquoi ? Parce que, contrairement à la moelle épinière, aux nerfs et aux récepteurs, qui ne savent pas décoder ce genre d’informations, le cerveau possède un outil fantastique : la mémoire. La façon dont il appréhende la douleur influe sur la manière dont il va l’interpréter.

Ainsi, la même stimulation peut provoquer chez une personne à peine un faible soupir et chez une autre des hurlements à la mort : c’est là qu’interviennent les antalgiques. Parmi les plus courants, ceux qualifiés de « première catégorie non opioïdes » et les plus vendus sont le paracétamol, l’ibuprofène et l’aspirine. Contrairement à la légende, ces trois antidouleurs fonctionnent plus ou moins selon le même principe : ils agissent entre la racine de la douleur et le centre de perception dans le cerveau – l’hypothalamus – pour bloquer la transmission des signaux de souffrance. D’autant plus efficaces sous forme effervescente, ces trois médicaments ont toutefois quelques différences.

L’aspirine

C’est le médicament le plus consommé au monde : 35 000 tonnes sont produites chaque année, soit 100 milliards de comprimés. L’aspirine est souvent intégrée à de nombreuses autres préparations : plus de 230 médicaments vendus en France en contiennent. Ce remède est connu depuis l’Antiquité pour ses vertus curatives. L’aspirine est anti-inflammatoire, analgésique, antipyrétique (contre la fièvre) et exerce une action anticoagulante et fluidifiante car elle inhibe l’agrégation plaquettaire – avec l’aspirine, il y a risque d’hémorragie, surtout s’il y a déjà prescription d’anticoagulants. Ce médicament n’est donc pas conseillé en cas de coupures, d’ulcères gastriques (saignements) ou pour votre compagne en période de menstruations.

Le paracétamol

Aussi appelé « acétaminophène », le paracétamol est l’un des médicaments les plus prescrits en France. À la différence de l’aspirine et de l’ibuprofène, le paracétamol n’a ni propriétés anti-inflammatoires ni propriétés anticoagulantes. Il peut donc être pris par les personnes qui, pour toutes les raisons évoquées précédemment, ne peuvent pas prendre d’aspirine. Bien qu’ayant peu d’effets indésirables, il peut se révéler toxique en cas de surdosage (au-delà de 10 g ou 125 mg/kg chez l’adulte et de 100 à 150 mg/kg chez l’enfant en une prise unique), mais également dangereux pour le foie, et ce même à des doses thérapeutiques chez des patients fragiles. À ne pas prendre si vous avez un problème d’alcoolisme, hépatique, le foie fatigué, ou même (le cas le plus probable) en cas de gueule de bois ! À savoir : la caféine et la codéine renforcent l’action du paracétamol.

L’ibuprofène

Dernier-né des antalgiques, l’ibuprofène est commercialisé depuis un peu plus d’une vingtaine d’années en France. Comme l’aspirine, il possède des propriétés antipyrétiques – contre la fièvre –, anti-inflammatoires, antalgiques et anticoagulantes. Mais ces deux médicaments ne doivent pas être associés car cela peut accroître les effets indésirables, en particulier les risques d’ulcère et d’hémorragie. En règle générale, il est déconseillé d’associer l’ibuprofène à tout autre médicament sans avis médical. Par ailleurs, l’ibuprofène possède nombre d’effets indésirables : gastrite, stomatite (inflammation de la bouche et des gencives), douleurs abdominales, jaunisse, maux de tête, bourdonnements auditifs et somnolence, manifestations allergiques cutanées et asthme. Selon une étude clinique publiée dans la revue Pédiatriques, l’ibuprofène provoquerait un soulagement plus grand et plus rapide de la douleur qu’une dose standard de paracétamol. En revanche, le paracétamol permettrait le mieux de conserver la vigilance.

À chaque individu son antalgique

Au final, paracétamol, ibuprofène et aspirine fonctionnent plus ou moins de la même manière mais à des niveaux différents, si bien qu’on ne peut pas recommander un type d’antalgique pour un type de douleur. Chaque personne ayant sa propre façon de réagir à la douleur, il faut donc choisir l’antalgique qui lui est le mieux adapté, en sachant qu’il y en a forcément un qui fonctionne pour chacun d’entre nous. Pour la même cause, comme une douleur dentaire, une personne va plutôt réagir à la molécule du paracétamol quand une autre sera plus réactive à l’ibuprofène. Par ailleurs, un même individu peut être réactif différemment aux molécules selon l’origine de sa douleur. On peut très bien être soulagé par le paracétamol pour une douleur dentaire et préférer prendre une autre molécule pour les maux de tête. En fait, chacun doit essayer pour trouver l’antalgique qui correspond le mieux à sa sensibilité, en gardant à l’esprit une règle à suivre : ne prendre des antalgiques qu’en cas de douleurs ponctuelles, car ils ne sont pas adaptés pour le traitement des douleurs chroniques, du moins sans avoir consulté un médecin au préalable.

Cyrielle Roux