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Stop aux ronflements !

Un ronflement est toujours gênant. Il peut même devenir insupportable, surtout pour ceux qui dorment à proximité. Légers sifflements ou grondements bruyants. Ils peuvent être les symptômes de pathologies plus lourdes. Finissons-en !

Mon ami Théo a des soucis : sa femme ne veut plus dormir avec lui. Il est pourtant prévenant et amoureux, ne boit pas, ne se drogue pas et n’a même jamais fumé… Mais Théo a un problème de taille : il ronfle comme un cochon. Ces vrombissements dignes de mettre à l’amende n’importe quel Airbus A380 rendent son entourage dingue. Alors Théo a décidé de se prendre par la main et de trouver une solution. Et il a bien fait, car ce qu’il ne sait pas, c’est qu’il risque peut-être plus que son mariage : sa vie !

D’où ça vient ?

Au fond de la bouche, l’air passe dans un couloir relativement étroit : la gorge. Quand nous dormons, nos muscles se relâchent et ont tendance à s’affaisser, ce qui réduit encore plus le diamètre du passage. Détendues, les parties molles de l’appareil respiratoire – paroi, voile du palais, base de la langue, luette, amygdales, voies nasales – peuvent alors s’accoler les unes aux autres et empêcher l’air de circuler librement. Les tissus se mettent alors à vibrer, ce qui se traduit par un bruit plus ou moins fort : le ronflement. Plusieurs facteurs peuvent accentuer ce relâchement : l’âge, l’obésité, l’alcool, certains médicaments et le tabac.

Plusieurs types de ronfleurs

En France, 60 % des hommes ronflent de temps en temps – notamment après une soirée bien arrosée. Ceci n’est absolument pas grave (simplement gênant pour la personne qui dort à côté). En outre, un quart de la population masculine souffre d’un ronflement régulier. Et là, c’est peut-être dangereux : il peut s’agir d’apnée du sommeil. Quand le passage des voies respiratoires est trop réduit, la base de la langue crée une soupape, qui empêche complètement l’air de pénétrer dans les poumons. Un peu comme un bouchon placé à l’entrée de la trachée. Ce phénomène est accentué par les efforts que fait le dormeur pour parvenir à respirer. La nuit de l’« apnéiste » est parsemée de microcoupures (dont il ne se rend pas compte) et de périodes d’hypopnée (baisse de l’activité respiratoire). Résultat : une diminution de l’oxygène dans le sang. C’est très sérieux, les risques sont importants. La médecine montre désormais le lien étroit entre ce syndrome et des maladies chroniques – 30 % des gens souffrant d’hypertension sont concernés (ce pourcentage passe à 80 % s’ils prennent des médicaments pour faire baisser la tension), 60 % des victimes d’accident vasculaire cérébral, 60 % des diabétiques de type 2 et 40 % des obèses sont aussi touchés. Bien que très courant, ce mal est sous-diagnostiqué : près de 2,5 millions de Français souffriraient d’apnée du sommeil, mais seulement 10 % d’entre eux sont traités.

Que faire en cas de ronflement ?

Un ronflement moyen (60 décibels) est aussi sonore qu’une machine à laver (50 dB). Certains ronfleurs peuvent même émettre des niveaux proches des 95 dB, soit un peu plus qu’un moteur de moto (90 dB). On peut donc estimer que, si vous ronflez, vous êtes déjà au courant : les coups de coudes intempestifs et autres « câlins » du genre se sont chargés de vous le faire savoir. Il s’agit maintenant de déterminer si vous souffrez d’un simple ronflement ou bien si vous faites de l’apnée du sommeil. Premier symptôme de l’apnée du sommeil : la somnolence dans la journée. Faites le test ci-dessous. Premier cas de figure : d’après les résultats, vous avez des risques d’être atteint du syndrome d’apnée du sommeil. Une seule chose à faire : consulter ! Second cas de figure : vous n’êtes pas hypersomnolent. Il semble donc que vos nuits soient récupératrices et que votre ronflement soit bénin. Attention, cependant ! Le ronflement, s’il s’installe dans la durée, a toutes les chances de se transformer au final en apnée du sommeil. Pour vous débarrasser de ce trouble, commencez par appliquer des règles simples d’hygiène de vie qui, dans la plupart des cas, suffisent à stopper les nuisances. Si les solutions de base ne fonctionnent pas pour vous, la médecine a désormais des solutions adaptées à votre problème. Les traitements varient selon les causes, qui sont bien souvent superposées. Comme pour Théo, cela permettra non seulement de sauver votre couple (ainsi que les couples de tous les ronfleurs de l’Hexagone) mais aussi (et surtout) votre vi

60% des hommes ronflent, et ce n’est pas une question d’âge

Les traitements simples

Surveillez votre poids : La surcharge pondérale est la principale cause du ronflement. La présence de graisse dans les parois de la gorge joue sur la résistance de l’air. En pratique, si vous êtes en excès de poids, essayez de perdre quelques kilos. Une astuce : calculez votre IMC. S’il est supérieur à 25, vous êtes en surpoids.

Dormez sur le ventre : De cette manière, la langue se positionne vers l’avant et laisse la place nécessaire au passage de l’air. Astuce pour être sûr de ne pas finir sur le dos : dormez avec un T-shirt à l’arrière duquel vous avez cousu une balle de tennis.

Évitez l’alcool Plus les tissus des voies respiratoires se détendent sous l’effet sédatif de l’alcool, plus vous risquez de ronfler. Astuce : il suffit de limiter votre consommation pendant le repas du soir.

Faites attention aux somnifères Ils ont le même effet que l’alcool sur votre appareil respiratoire. Destinés à améliorer le sommeil, ils peuvent en fait occasionner des ronflements qui perturbent la qualité de vos nuits. Une astuce pour éviter d’y avoir recours, essayez de réguler vos horaires de coucher et de lever. Instaurez un rituel pour vous détendre avant de vous endormir (lecture, musique…). Et surtout, pas de télé !

Surélevez votre tête En position couchée, vos sucs gastriques remontent vers la gorge et dessèchent les muqueuses, accentuant les ronflements. Astuce : il existe des oreillers antironflements, parlez-en à votre médecin. Et évitez de trop manger le soir.

Arrêtez le tabac : Fumer crée un relâchement musculaire du voile du palais, ce qui accentue le ronflement. Plus on commence à fumer tôt, plus on ronfle jeune. Une personne qui naturellement aurait dû commencer à ronfler à 40 ans (avec le relâchement des tissus) le fera à 30 si elle fume.

Décongestionnez En cas de nez bouché, les ronflements redoublent. Lavez-vous le nez à l’aide d’un spray à l’eau de mer. Ça marche

Les traitements médicaux

Le voile du palais est trop long : C’est la cause de 90 % des cas et l’origine du ronflement le plus sonore. L’air fait vibrer le palais. À la manière d’une voile de bateau, plus la surface est grande, plus le bruit est fort. Deux solutions : la chirurgie ou la radiofréquence (aussi appelée « somnoplastie »). Pour la chirurgie, mieux vaut opter pour le traitement au laser. Ses indications sont les mêmes que celles de la chirurgie classique, mais l’intervention est moins douloureuse, plus courte et se pratique sous anesthésie locale en ambulatoire. La somnoplastie consiste à délivrer un courant sur le muscle du palais, qui provoque sa rétraction et sa rigidification. Pratiquée sous anesthésie locale en ambulatoire, elle nécessite 2 à 3 séances à intervalle de 4 à 8 semaines. Avantage : elle n’est pas douloureuse. Inconvénient : ses effets sont temporaires, de 5 à 10 ans.

Une langue trop grosse : 10 à 20 % des ronfleurs ont une langue trop grosse qui obstrue le passage de l’air. Si vous en faites partie, on vous prescrira une orthèse dentaire. C’est la meilleure solution pour l’instant, la plus simple et la plus efficace. Cette prothèse, réalisée sur mesure par un dentiste, permet de faire avancer la mâchoire inférieure et la langue… Résultat : les voies respiratoires supérieures s’élargissent et laissent passer l’air sans bruit. Bon, d’accord, ce n’est pas très sexy, mais ça fonctionne dans 70 % des cas.

L’obstruction nasale Elle concerne 50 % des ronfleurs. Pour 95 % d’entre eux, l’obstruction est causée par une hypertrophie de la cornée nasale, une muqueuse qui pousse comme les cheveux ou les ongles, mais moins vite. Son développement peut s’accélérer en réaction aux poussières ou à la pollution. Si vous travaillez dans la poussière (ébéniste, boulanger, coiffeur…) ou que vous habitez en ville, vous êtes un individu exposé – un simple masque acheté en magasin de bricolage peut vous aider. Autre cause de nez bouché : les polypes (tumeurs bénignes des muqueuses). Dans les deux cas, la chirurgie est nécessaire.

Par Céline Bernard