Cannabis et musculation
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Les idées reçues autour du cannabis commencent doucement à évoluer. Autrefois considéré comme une « drogue de passage » pouvant détruire une vie, le cannabis a aujourd’hui une nouvelle réputation de drogue miracle. Les défenseurs de la marijuana affirment qu’elle constitue une réponse à tous les maux, de la douleur aux problèmes mentaux, sans les dangereux effets secondaires des traitements pharmaceutiques. Pour autant, cannabis et musculation sont-ils compatibles ?

Cannabis et musculation : le nouvel allié pour la récupération ?

Même si de nombreux américains ne sont pas prêts à vider leur trousse à pharmacie et à commencer à cultiver de l’herbe dans leur jardin, nous sommes en droit de nous poser des questions car il a été prouvé que la musculation et le cannabis pouvaient potentiellement faire bon ménage notamment dans le traitement des inflammations et des douleurs musculaires. Même si le cannabis est classé comme une drogue de classe 1, ce qui l’empêche d’être utilisé dans certains traitements cliniques importants, plusieurs études ont démontré que le cannabis (ou plus spécifiquement plusieurs de ses composés chimiques non psychoactifs) était un anti-inflammatoire puissant, de quoi en faire un allié pour la récupération ?

Nous devons avant tout comprendre comment fonctionne le cannabis.

Comprendre les « endocannabinoïdes »

Les endocannabinoïdes sont des composés chimiques présents naturellement dans le corps. Ils sont essentiels pour réguler le système immunitaire, l’insuline, les inflammations ainsi que le métabolisme de la graisse et de l’énergie. Le système endocannabinoïde est une découverte relativement récente et les scientifiques l’étudient encore aujourd’hui. Ils ont malgré tout découvert qu’il affectait de nombreux aspects comme la fertilité et la mémoire et qu’il pouvait même être responsable des sensations que de nombreux sportifs éprouvent après une séance d’entraînements. Les cannabinoïdes contenus dans la marijuana imitent les endocannabinoïdes présents naturellement dans le corps. C’est pourquoi les scientifiques étudient les effets du cannabis sur autant de fonctions corporelles.

Un endocannabinoïde, le 2-AG, est particulièrement répandu dans le système nerveux central. Il régule l’appétit, la fonction immunitaire, la douleur et les inflammations. Le CBD, un composé non psychoactif que l’on trouve dans le cannabis, imite le 2-AG. Cette similarité a éveillé l’intérêt des scientifiques pour le potentiel du CBD à traiter l’épilepsie et les maladies auto-immunes comme le lupus, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin et les maladies inflammatoires de la peau.

« Le but du système endocannabinoïde est de maintenir l’homéostasie. Pour cela, il régule les transmissions nerveuses, les inflammations et tout le reste, explique Perry Solomon, médecin-chef chez HelloMD, une startup conçue pour informer la population sur la marijuana. Des études ont démontré que chez les souris, le THC tuait plus les cellules T inflammatoires. Cela aide à l’immunosuppression. Certaines études ont démontré que les endocannabinoïdes eux-mêmes régulaient les composés chimiques que le corps produit en cas d’inflammation. En théorie, et même lors de certaines études cliniques, on assiste à une diminution des inflammations après une absorption de cannabis ».

La tendance du cannabis à diminuer le nombre de cellules T a poussé les chercheurs à mener des études sur la façon dont le cannabis pouvait inhiber la croissance des cellules cancéreuses sans endommager les cellules saines.

Musculation et cannabis : ce que l’on ignore sur la récupération

Même si un nombre limité de recherches sur le cannabis a démontré qu’il pouvait aider à diminuer les inflammations, il est difficile de lier l’usage du cannabis à la musculation et à de meilleures performances physiques.

« Le problème avec [l’étude de la] récupération, c’est qu’elle est très subjective, déclare  Solomon. Les athlètes affirment qu’ils appliquent un baume, une pommade ou qu’ils fument quelque chose, mais ils le font à des moments différents et ils sont eux-mêmes des athlètes différents. Beaucoup de facteurs entrent en jeu pour prouver que c’est le cannabis qui aide à la récupération : par exemple l’intensité des entraînements, le régime alimentaire ou les boissons qu’ils ingèrent pour récupérer ».

Bien sûr, de nombreuses preuves suggèrent que le cannabis aide à la récupération. Les ultra-marathoniens comme Avery Collins déclarent souvent qu’ils utilisent du cannabidiol (CBD) après des courses de plus de 60 kilomètres. Les triathlètes font de même, à la fois avec le THC en milieu de course et avec le CBD après une course.

Cependant, les études concrètes sur le cannabis ne sont pas nombreuses car c’est encore aujourd’hui une drogue de classe 1.

« Il existe des preuves que le cannabis a des effets anti-inflammatoires. Elles ont été mises en évidence dans des études sur la fonction cellulaire, affirme J. H. Atkinson, co-directeur du Centre de Recherche Médicale sur le Cannabis à l’Université de Californie à San Diego. Au niveau cellulaire, les cannabinoïdes sont considérés comme des agents potentiellement anti-inflammatoires car ils inhibent la prolifération de certaines sortes de cellules importantes lors d’inflammations et stoppent la production de molécules appelées les cytokines qui sont des signaux très importants qui déclenchent la réponse inflammatoire ».

Il existe de nombreuses études sur l’efficacité de la marijuana à diminuer les inflammations, et même s’il n’y a pas de preuves qu’elle empêche ou traite les douleurs musculaires, il est clair qu’elle présente des propriétés anti-douleur qui pourraient aider les athlètes dont les muscles sont particulièrement douloureux après une séance d’entraînement intense.

Drogues dérivées du cannabis : le début d’une tendance ?

Actuellement, trois drogues approuvées par la FDA sont dérivées des cannabinoïdes synthétiques. Elles sont autorisées pour traiter l’anorexie et la nausée causées par la chimiothérapie. Récemment, une autre drogue a été mise en avant pour être approuvée par la FDA : l’epidiolex. Cette drogue est indiquée dans le traitement de l’épilepsie. Elle est sur le point de devenir la première drogue dérivée du cannabis approuvée par la FDA. L’epidiolex a été développée en Angleterre où le cannabis est une drogue de classe B. (Elle est actuellement en passe d’être rétrogradée en une drogue de classe C.)

Ce sont néanmoins des indications très spécifiques pour l’usage du cannabis et elles sont destinées à des maladies potentiellement mortelles. Récupérer après une journée dédiée aux jambes avec de l’huile de CBD, c’est autre chose.

Ce qu’il faut retenir sur le cannabis et la musculation

Même s’il existe des preuves sur le potentiel du cannabis pour traiter les maladies inflammatoires, de sérieuses questions médicales persistent. Est-ce que les dérivés du cannabis ont les mêmes effets chez les gens en bonne santé ? Les dérivés du cannabis sont-ils efficaces (et sûrs) en cas d’auto-médication lors de douleurs et d’inflammations musculaires ?

Malheureusement, les médecins (même ceux comme Solomon qui préconisent plus de recherches sur la marijuana) ne peuvent pas répondre à ces questions. « Si tout le monde utilisait le même produit provenant de la même source, nous pourrions réaliser une étude observationnelle et obtenir des résultats plus précis, explique Solomon. Nous avons cependant besoin de beaucoup de statistiques et d’un produit cohérent ».

Atkinson partage cet avis : « en tant que produit, je peux simplement dire que je ne préconiserais pas son utilisation. Je ne connais pas d’études qui affirment que le cannabis empire les inflammations ou retarde la récupération musculaire. Les cannabinoïdes ou leurs dérivés auront peut-être un futur rôle dans le traitement des inflammations. C’est juste que pour le moment, il n’y a pas de preuve ».

Aujourd’hui, les médecins ne peuvent pas raisonnablement recommander la marijuana pour la plupart des utilisations médicales car les interdictions sont une barrière importante aux tests cliniques. Cela signifie que l’on n’a pas assez de connaissances sur les méthodes d’absorption (orale, inhalée, locale) ou sur les bonnes doses à administrer.

 

Traduit par Mélanie Geffroy