Les huîtres produisent parfois des perles moches et de mauvaise qualité. C’est dur à entendre, mais c’est pareil pour vos dents. Le sourire ultra bright
a une composante génétique, par définition injuste. L’évolution de ce capital dentaire dépend ensuite de votre hygiène de vie et de vos habitudes alimentaires. Mais ne vous faites pas trop d’illusions : même en les bichonnant avec amour, vos dents jauniront en vieillissant

Le Diagnostic :

Il ne faut pas confondre la coloration interne avec la coloration externe des dents. Les gros buveurs de thé ou de café se fabriquent des dégâts superficiels qui ne touchent que l’émail de la dent, et non la dentine. Un détartrage, parfois une micro-abrasion, suffi sent à lui rendre sa couleur. C’est généralement la même chose pour les accros au tabac, même s’il arrive que les très gros fumeurs aient les dents tâchées plus profondément. D’autres facteurs, plus exceptionnels, peuvent sérieusement enlaidir le sourire. Exemple : la fl fluorose.

Consommé en excès, le fluor crée des taches blanches sur les dents. Certains médicaments, comme la tétracycline, ont des conséquences similaires. « Les personnes nées entre 1960 et 1975 ont souvent été soignées avec cet antibiotique quand elles étaient enfants, note le Dr Pascal Zyman, chirurgien-dentiste. Les taches bleu violette sont très tenaces. » Aujourd’hui, la tétracycline est rigoureusement interdite aux enfants de moins de 8 ans et aux femmes enceintes. Quoi qu’il en soit, l’acidité de la nourriture, la mastication, les variations thermiques et les chocs transforment les tissus dentaires. Ils se rétractent, reçoivent moins d’oxygène et se colorent.

L’émail, cette couche superficielle qui donne de l’éclat aux dents, finit également par s’user au bout de quelques années. Et n’imaginez pas que vous serez déjà passé au râtelier quand cela arrivera : le processus peut débuter très tôt, avant 20 ans. Le dentiste effectue un bilan buccodentaire avant de vous proposer quoi que ce soit. Celui-ci permet de connaître la qualité de votre émail, l’état de vos dents, la présence de couronnes ou de plombages, etc. À partir de là, et en fonction de ce que vous désirez, il vous proposera deux solutions : un blanchiment à la maison ou au cabinet.

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Solution N°1 : Le Fauteuil

Il s’agit du blanchiment effectué par le dentiste dans son cabinet. Le produit utilisé est un gel à base d’eau oxygénée, ou peroxyde d’hydrogène. Un détartrage est effectué au préalable, et certains plombages mal placés peuvent être changés. Le dentiste façonne une gouttière à partir d’une empreinte de vos dents. Le gel est appliqué, et la gouttière est placée par-dessus. Le concept ? La dent subit une déminéralisation superficielle. pénètre l’émail pour accéder à la dentine tachée et la décolorer. Le peroxyde d’hydrogène est généralement activé par une lampe à UV. « On protège absolument toute la zone, complète le Dr Zyman, pour s’assurer que le produit ne touchera aucun tissu mou et que les UV n’iront nulle part ailleurs que sur les dents. »

Le visage, la bouche, les yeux : tout est soigneusement camouflé. Certains cabinets utilisent un laser à la place de la lampe à UV. « La puissance du laser n’est vraiment pas utile pour un blanchiment, affirme le Dr Paul Miara, chirurgien-dentiste. C’est comme tuer une mouche avec un fusil. » En revanche, le laser fait grimper la facture : on ne se laisse pas attirer par la publicité si on ne veut pas ressortir tout plumé. Le blanchiment dure environ une heure. Des témoignages ont décrit de fortes douleurs à la sortie, et certains patients se sont même vu interdire tout aliment coloré pendant une semaine. « C’est dû au fait que tous les praticiens n’utilisent pas forcément des gels reminéralisants », commente le Dr Zyman. Concept : ce gel, qui est une des principales nouveautés dans le domaine, est appliqué après le blanchiment. La barrière de l’émail, ouverte pour laisser passer le gel éclaircissant, se reforme ainsi tout de suite après.

La dent reminéralisée n’est donc pas douloureuse, et son émail redevient rapidement une barrière naturelle aux colorants. En fonction de la sensibilité du patient, le gel peut aussi s’appliquer chez soi.

Solution N°2 : Le blanchiment à la maison

Cette option, dite « en ambulatoire » est plus longue mais plus douce que la version « au fauteuil ». Le produit est aussi nettement moins dosé : 5 à 6 %, au lieu de 25 à 30 %. Elle peut être une meilleure solution pour les patients qui ne supporteraient pas la technique plus rapide, par exemple à cause d’un émail abîmé. «Récemment, j’ai vu une femme en consultation, rapporte le Dr Zyman. Tout le monde disait qu’il n’y avait rien à faire, car elle avait les dents très usées. On est parvenus à les blanchir tout doucement, en prolongeant cette technique sur deux mois. » Dans la majorité des cas, une quinzaine de jours suffit.

Cette fois-ci, la combinaison gel + gouttière se porte donc à la maison, sur une durée d’une à plusieurs heures par jour, en fonction de la prescription. On peut aussi la mettre la nuit : sex-appeal garanti. Les deux techniques sont souvent combinées, car une heure de blanchiment chez le dentiste équivaut à huit jours d’éclaircissement à la maison. Pour compléter, il est donc nécessaire de rajouter une semaine de traitement chez soi, en alternant gel éclaircissant et gel reminéralisant. Les résultats ne sont réellement visibles qu’au bout d’une quinzaine de jours et se maintiennent ensuite plusieurs années.

A éviter ! Le « Bar à sourires ».

Dans ce cas, il faut le faire très vite, car la plupart risquent de fermer pour exercice illégal de la médecine – en gros. La Commission européenne a statué il y a quelques semaines sur cette question très polémique : seuls les dentistes ont le droit d’utiliser une solution au peroxyde d’hydrogène dosée à plus de 0,1 %. « Malgré leurs dénégations, explique le Dr Miara, il est évident que les gels qu’ils utilisent sont plus dosés, car il n’y aurait aucun effet à 0,1 %.

Il est dangereux de laisser ce produit à des gens qui ne savent pa ce qu’ils font. » Parfois, les bars à sourires font valoir qu’ils utilisent d’autres sortes de gels. Mais quels qu’ils soient, ils fonctionnent toujours de la même manière que le peroxyde d’hydrogène : ça ne fait aucune différence. Comme elle ne peut réaliser aucun diagnostic préalable (pas même un nettoyage des dents), l’esthéticienne est bien incapable de vous dire si votre coloration est superficielle ou pas, si votre émail fragile est une contre-indication, ou si vous avez des taches de fluorose que le produit aggravera. Elle ne repère pas les petites caries cachées dans le fond, que le peroxyde d’hydrogène utilisera pour pénétrer dans la dent, qu’il faudra ensuite dévitaliser.

Bref : on ne peut vraiment pas se passer du bilan buccodentaire ni des connaissances du dentiste. Quant à la lampe à UV… on préfère aussi la laisser entre des mains qui ont tripoté des livres de médecine.