Dolomiti Extreme Trail arrivée de Patrick Guérinet
Arrivée de Patrick Guérinet

Amateur de trail moyenne distance, Patrick Guérinet, rédacteur en chef de Men’s Fitness, et son compagnon d’entraînement Thierry Grollier, étaient le 9 juin dans les Dolomites, en Italie, pour une course de montagne au dénivelé impressionnant: le Dolomiti Extreme Trail. Récit du rédac’ chef.

Dolomiti Extrem Trail : 2 finishers pour Men’s Fitness

C’était mon premier « gros » rendez-vous de l’année, et il avait de quoi faire peur : avec ses 53 kilomètres, mais surtout ses 3800 mètres de dénivelé positif (soit l’écart d’altitude entre Chamonix et… le sommet du Mont-Blanc, rien que ça), le Dolomiti Extreme Trail s’annonçait costaud. D’abord parce que je n’avais jamais couru plus qu’un marathon, ensuite parce que je n’avais jamais affronté de dénivelé plus important que 1800 mètres (sur des trails de 30 km environ), enfin parce que je n’avais jamais couru plus de 7 heures d’affilée, et que mes estimations sur le Dolomiti me donnaient entre 11h30 et 13h de course. L’inconnu, quoi. Comment allait réagir mon organisme, au-delà de 6 heures de course ? Et mes cuisses, avec des ascensions en montagne, à plus de 2000 mères, sur des sentiers tirant « droit » dans la pente ? Samedi 9 juin, à 5h30 du matin, j’étais sur la ligne de départ, avec mon compagnon d’aventure Thierry Grollier, qui courait également sous les couleurs de Men’s Fitness. Et on en menait pas large…

1er col « facile »

Nous sommes 361 à nous élancer sur les 53 kilomètres du parcours, avec la promesse d’un temps exceptionnel sur une grande partie de la journée, et des paysages sublimes. Après 5 kilomètres tranquilles, une première grosse montée bien exigeante annonce la couleur : les cuisses vont chauffer. Rapidement, nous prenons de l’altitude pour nous retrouver sous d’immenses barres rocheuses, vertigineuses parois issues du soulèvement, il y a des millions d’années, de récifs coralliens, puis rejoignons le Passo Duran, à 1600 mètres d’altitude, lieu du premier ravitaillement.

Dolomiti Extreme Trail Profil altimétrique
Profil altimétrique de la course

Je passe avec une bonne demi-heure d’avance sur le chrono que je m’étais fixé, bien en forme, motivé comme jamais. Thierry suit juste derrière, le rythme est bon et nous pouvons attaquer la première grosse difficulté, 2 kilomètres d’une terrible montée vers le refuge Grisetti, à 2050 mètres d’altitude. Très boueux (il a plu des cordes la veille), terriblement glissant avec de nombreuses racines, le chemin grimpe de plus en plus dur, et il faut souvent mettre les mains pour garder l’équilibre. Et non, cassons le mythe : nous autres trailers, nous ne courons pas en montée ! On met un pied devant l’autre, et on a la langue sur les chaussures ! Une glissade, je m’éclate un genou dans un rocher, serre les dents mais grimpe toujours, pour atteindre, bien éprouvé, la petite cabane rouge du refuge et immédiatement plonger dans la descente, très piégeuse et glissante, qui mène au second ravitaillement, au kilomètre 20. Presque tous les concurrents ont des bâtons sur lesquels ils peuvent prendre appui pour assurer leur descente, comme s’ils skiaient dans une pente raide. Je n’en ai pas pris, je n’ai donc que mes mains. Argh…

Dolomiti Extreme Trail ravitaillement des 20km
Ravitaillement des 20km

Le choix de la prudence

Les derniers mètres avant le ravitaillement de Malga Grava sont idylliques : imaginez un torrent de montagne aux eaux translucides, coulant au milieu d’une vallée verdoyante et fleurie, sous un soleil radieux. L’envie de s’arrêter et de se plonger les jambes dans l’eau fraîche est terrible, d’autant qu’après le ravito, le menu est costaud : 5 kilomètres d’ascension vers le Buisa del Zuiton, point le plus élevé de la course, culminant à 2360 mètres d’altitude. Je m’hydrate longuement, avale des quartiers d’orange et de pomme, puis repars en petite foulée. Tant pis pour la baignade… Quelques minutes plus tard, nos accompagnatrices, avec qui je communique par SMS pour être renseigné sur le parcours de Thierry, m’apprennent qu’il suit gaillardement, malgré une légère douleur qui commence à poindre aux genoux. Et 2 kilomètres plus loin, en pleine montée, c’est la surprise : les organisateurs, par choix de prudence vues les pluies tombées la veille et redoutant les coulées et chutes de pierres, ont préféré détourner le parcours vers la vallée. Mais inutile de se réjouir, si la descente est bienvenue, avec quelques jolies glissades sur la neige à travers des coulées d’avalanche, la remontée vers le ravitaillement du 29ème kilomètre, à Malga Pioda, s’annonce redoutable : pour conserver une distance et un dénivelé similaires, les organisateurs ont prévu la remontée intégrale d’une piste de ski, en plein champ, tout droit. Aïe aïe aïe !

Un peu de répit s’impose

Ça tombe bien, les 8 prochains kilomètres, qui mènent au ravito 4, sont une succession de petites montées et descentes, sans difficultés majeures. J’alterne marche rapide et course lente, histoire de me refaire la cerise. Je sais désormais que je franchirai à l’aise la première barrière horaire, fixée à 14h30 au kilomètre 37, le Passo Staulanza. Ce premier couperet, je l’apprendrai à l’arrivée, fera de gros dégâts, puisque plus de 50 trailers y seront déclarés hors course et arrêtés par les commissaires, soit près de 15% des partants. Je grimpe péniblement le Monte Crot (une montée de merde, oui, j’ose le dire !) et file au ravitaillement, où certains se font masser, d’autres mangent des soupes, des sandwiches, ou s’allongent tout simplement. Nos accompagnatrices, fidèles au poste, me proposent une bière. J’en crève d’envie, mais avec 16 bornes derrière, je préfère un verre de cola bien sucré, histoire de recharger les batteries, et toujours les quartiers d’orange et de pomme. J’ai bien testé la poignée d’amandes, mais elles m’ont asséché la bouche, une horreur, j’ai dû avaler une flasque entière d’eau pour retrouver un peu de salive. 13h15, je repars au combat, en demandant bien à mon staff de me prévenir par SMS du passage de Thierry, quelque part derrière moi. Il lui reste plus d’une heure et quart avant la barrière horaire, tout baigne.

Si tu veux pleurer, c’est maintenant

Le bonheur existe, et il est juste là, entre les ravitaillements 3 et 4, au pied d’un monumental massif rocheux. Paysage sublime, chemin large, qui monte et descend sans gros à-coups, ces 8 kilomètres jusqu’au Passo Tamai permettent de récupérer, faire le plein d’énergie, s’hydrater, et surtout… positiver. Le compte à rebours des 10 derniers kilomètres approche, et le moral grimpe en flèche. Pourtant, je ne suis pas tranquille : aucune nouvelle de Thierry, toujours pas passé au ravito 3, alors qu’il est bientôt 14h30 et que la barrière horaire va tomber. Mes SMS reçoivent la même réponse : « Toujours pas là ». L’inquiétude grandit. Et puis soudain, les infos : « Thierry est là, il est arrivé en pleurant, les 2 genoux en vrac, il est à l’infirmerie, il pense abandonner. » Non, c’est pas possible ! Pas lui, pas là, pas maintenant. Par SMS, je transmets : « Dites-lui que c’est plat, bien roulant, plus que 16 bornes ! » Et nos accompagnatrices en rajouteront, réussissant à remonter le moral du guerrier qui, strappé par le staff médical, le mors aux dents, repartira à la bataille, talonné par les deux coureurs… de la barrière horaire. Cours ou crève, Thierry n’a plus le choix. De mon côté, arrivé au Passo Tamai, 4ème et dernier ravitaillement, je m’hydrate copieusement, repars et passe à côté d’une pancarte écrite en anglais : « Si tu veux pleurer, fais-le maintenant ! » Je souris. 10 mètres plus loin, je comprends, en lisant une nouvelle pancarte : « Dernière montée ! » T’appelle ça une montée ? Moi, j’appelle ça un mur ! Mais pourquoi ? Les cuisses me brûlent, je suis à 2 à l’heure, scotché sur le chemin. Devant moi, un Italien est en panne, épuisé. On se remonte le moral, on s’encourage. Ensemble, on parvient au sommet du Monte Punta, à 1950 mètres d’altitude. C’est fini. Ou presque. On lève les bras ensemble, comme si on avait gagné. Ce n’est pas tout à fait le cas, car il reste encore 8 kilomètres d’une interminable descente, mais c’est tout comme. Et on plonge dans la pente, heureux comme des gamins, tout en se disant que le village, tout en bas dans la vallée, plus de 1000 mètres plus bas, semble tout de même très très loin ! La suite n’est que plaisir, mes jambes ne me font plus du tout mal, je galope vers l’arrivée, double quelques concurrents plus atteints que moi. Dernier kilomètre, entrée dans le village, j’entends le bruit de la sono, le commentateur, je vois les barrières, le portique d’arrivée, je lève les bras au ciel. Je suis tout simplement heureux.

Dolomiti Extreme Trail arrivée
Patrick Guérinet, sa médaille et sa bière à l’arrivée de la course

Comme un héros

La fête ne sera pas totale sans l’arrivée de Thierry, reparti du 37ème kilomètre avec deux genoux en bois et 16 kilomètres à parcourir, dont la terrible dernière montée, et la non moins terrible immense descente vers l’arrivée. Par quoi passe-t-il ? Nos deux accompagnatrices et moi-même sommes juste à côté de la ligne d’arrivée, et attendons, attendons. Le temps se couvre, quelques gouttes tombent. Deux heures que je suis arrivé, Thierry ne doit plus être très loin. Je recalcule, j’imagine son allure, je sens qu’il va arriver. Nous nous postons juste sur la ligne, les minutes s’égrènent, encore… Et soudain, tel un gladiateur blessé mais encore debout, il est là, au bout de la ligne droite, qui trottine vers la ligne, vers nous. Epuisé, mais heureux. Sous le masque de douleur, la banane. Notre joie est immense, à la hauteur de son exploit. Deux engagés, deux finishers !

Dolomiti Extreme Trail arrivée de Thierry Grollier
Arrivée de Thierry Grollier

Ces petites choses qui changent tout

Avant toute chose, un grand remerciement à nos deux accompagnatrices, Cici et Ja, fidèles supportrices, ainsi qu’à Lumia, sans la présence et le soutien moral desquelles la course aurait certainement été plus dure. Merci également à Catherine et toute l’équipe de North Communication, pour l’équipement La Sportiva que nous aurons bien usé, tant à l’entraînement qu’en course. Et pour finir, retrouvez en photo mes petits trucs et astuces pour une course réussie, ou qui du moins m’auront bien aidé à atteindre mon objectif :

Dolomiti Extreme Trail matériel de course
Le matériel dePatrick Guérinet pour la course
  • Gels Energy Caffeine elite de Myprotein
  • Poudre XS Refresh pour boisson électrolyte
  • Gommes à mâcher Boost de Stimium
  • Papier toilette humide biodégradable Nikel
  • Capuchons de doigts de pied Scholl
  • Roller Cryo Pure Muscles et Articulations de Puressentiel

CLASSEMENT SCRATCH 53 KM

Ivan Paulmichl, Italie, 1er en 6h18.

Patrick Guérinet : 181e en 11h14.

Thierry Grollier : 302e en 13h27.

Dernier classé : Sergey Dovgal, Biélorussie : 311e en 14h17

50 non classés ou abandons.