Electrostimulation
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Pour optimiser son entraînement, développer sa force, mieux récupérer ou soigner quelques blessures, l’électrostimulation a quelques vibrations dans ses boîtiers. En combi ou avec des électrodes, suivez le guide pour bien choisir.

Par Charles Brumauld

Electrostimulation: survoltez-vous !

Fin des années 80

Années kitsch. Gamin, je regarde sur mon écran de télé, médusé, le biceps de ce blond façon « Bohdi » du film Point Break, se contracter et se décontracter. La boule de muscles monte et descend, sous la stimulation des électrodes blanches. Ses pectoraux sans aspérité et ses épaules dessinées gonflent et dégonflent. Une voix autoritaire cause dans le poste : « Sport Elec, c’est le sport sans effort. Si ça marche pour moi, ça marchera pour vous. Vous devez essayer Sport Elec ! » 20 ans plus tard, les complexes des hommes par rapport à leur corps n’ont pas disparu, mais l’électrostimulation, elle, n’a pas attendu le 6-Pack de Philippe des 2 be 3, forgé (aussi) en contraction passive, pour évoluer.

Training branché

En effet, il est loin le temps où l’électrostimulation devait faire ses preuves. Inutile de remonter aux poissons torpilles de l’Antiquité, utilisés pour leurs propriétés électriques à des fins thérapeutiques. Partons de la physiologie : lorsque l’on contracte un muscle, le cerveau envoie un ordre sous forme d’un signal électrique, un potentiel d’action, qui se déplace extrêmement vite le long de fibres nerveuses jusqu’au muscle, qui réagit. L’électrostimulation, elle, produit l’excitation directement sur le nerf moteur par des impulsions électriques. Quant au muscle, il ne fait pas la différence entre les deux, et exécute la contraction. Mais encore ? Eh bien… encore plus, justement ! Ces dernières années, le marché de l’électrostimulation s’est transformé avec l’arrivée des gilets (noirs !) et autres combinaisons d’Electro Myo Stimulation (EMS), permettant de solliciter plusieurs groupes musculaires en même temps (jusqu’à 12), contrairement aux électrodes.

4h de sport en 20 minutes ?

L’électrostimulation, sympa en complément d’un sport, mais pas au point de le remplacer ! Sauf que ça, c’était avant. Aujourd’hui, les combis dédiées s’affranchissent des fils et parfois des consoles en proposant des séances intégrant des mouvements au poids de corps et des accessoires de functional training (kettlebell, TRX, wallballs…). C’est la promesse des « 4 heures de sport en seulement 20 minutes ». Tout du moins, l’équivalent, en terme de contraction musculaire, surtout chez les non sportifs recherchant plus de tonicité, explique Fred Coehlo, coach sportif et gérant d’Action Fit, un studio utilisant la technologie Miha Bodytec. « Pour les pratiquants réguliers, les résultats dépendent des objectifs, et donc, de la longueur d’onde appliquée. Un boxeur gagnera en explosivité sur son geste, un strongman glanera des points de force sur son arraché ou son soulevé de terre. En cardio, avec des contractions de vascularisation, il est même possible d’augmenter de 27% la VMA d’un runner, sur un protocole bien défini de 6 semaines, à raison de 2 séances par semaine. » Ce n’est pas le coach qui dira le contraire, ayant réalisé son deuxième meilleur temps sur 10 K avec électrostimulation, 15 ans après, alors que les chronos, avec l’âge ne sont pas censés s’améliorer ! Reste toutefois à respecter une planification rigoureuse, avec un coach connaissant votre parcours et vos objectifs, pour éviter de perturber le cycle de progrès et d’adaptation avec une séance de récupération mal programmée.

Les électrodes vibrent encore

Justement, parlons-en, de la récup’. Faut-il vendre ses électrodes sur le boncoin.fr et succomber au tsunami de l’EMS ? Rien n’est moins sûr. Certes, l’image des « abdos dans le canapé » a vécu. On sait aujourd’hui qu’un vrai mouvement (donc, une contraction volontaire), associé à une stimulation électrique (la contraction involontaire) produit des effets nettement plus significatifs qu’en regardant NetFlix. Et puis, avec les électrodes d’un Compex®, pas besoin d’un coach ou de se rendre dans un centre dédié. Par exemple, après un entraînement intense, ou lors d’une compétition. La télécommande chargée, on emporte avec soi sa mallette et ses patchs que l’on place sur les quadriceps et les triceps suraux (mollets) avec un programme spécifique de récupération, afin de provoquer une augmentation de la circulation sanguine dans la zone stimulée et favoriser le drainage des toxines accumulées dans les muscles. C’est tout ? Non. Les électrodes conservent également leur intérêt dans un travail de pré-fatigue musculaire, explique Mathieu Pourruch, responsable de secteur chez Compex. « On fatigue le muscle en amont d’un effort physique pour augmenter sa vitesse de contraction et gagner en puissance. Ces contractions volontaires accompagnent le mouvement et permettent aux muscles d’avoir plus de répondant rapidement, et donc, de diminuer les risques d’élongation voire de claquage avant un sprint ou à un col à gravir… » Enfin, la précision de ce type de stimulation permet la correction d’un déséquilibre, y compris physiologique. Le CrossFitter Alexandre Jolivet en sait quelque chose. Droitier, surcompensant légèrement du côté gauche, il utilise régulièrement le programme « potentiation » (un programme de force) pour travailler son côté faible et soulever ses barres à 100% de son potentiel.

Plus fort que la douleur

« Oui, mais moi, les trucs avec des fils et des connexions partout, ça me tente moyen », confie Daniel, 38 ans, amateur d’entraînements au grand air et « au feeling ». On peut le comprendre. L’un n’empêche pas l’autre, ne serait-ce qu’en prenant le relais des microlésions engendrées par la pratique sportive, mais aussi, dans le traitement des douleurs dorsales chroniques, ce mal de siècle souvent par causé l’inactivité, le manque de tonicité musculaire et/ou une mauvaise posture quotidienne, voire les trois. C’est là que le « body relax », un autre type d’impulsion du Miha Bodytech, matériel médical en première intention, s’avère particulièrement indiqué, souligne Fred Coehlo. « La stimulation est peu prononcée, mais très rapprochée, comme un fourmillement. Cela va réveiller le muscle et la zone endolorie, pour une stimulation douce mais profonde. De quatre à 10 séances pour diminuer les symptômes chez 89% des patients »,  explique-t-il. Même chose pour un des leaders de l’électrostimulation munie d’électrodes avec le programme Lumbago ou Décontracturant, selon les modèles.

Cohabitation bénéfique

Vous l’aurez compris, le courant passe entre les deux familles d’appareils. Inutile de les opposer. Si vous êtes plutôt autonome, bossez un minimum vos connaissances en physio pour appliquer judicieusement les électrodes et choisir le programme idoine en fonction de vos objectifs (force, gainage, massage relaxant, vascularisation avant une épreuve…). Si vous avez besoin d’accompagnement, les combis d’EMS et assimilées, permettent de recruter 100% des fibres, sur plusieurs chaînes musculaires, sous la houlette d’un coach, avec un programme dédié, mesurant à chaque séance l’adaptation à l’effort, et donc, vos progrès. La première séance est souvent gratuite, testez-la !

Mais, comme toujours, le bon sens prime. Que ce soit en construction du muscle, en prépa compète ou en récupération post-effort, vérifiez d’abord un à un les paramètres indispensables comme un sommeil de qualité, une nutrition variée bien pensée et bien vécue ainsi qu’une hydratation très régulière, sans oublier une programmation d’entraînement au couteau (analyse de vos objectifs, volume et intensité de la séance, organisation de la semaine, nombre de jours de récupération…). De quoi rester connecté avec soi-même, avec ou sans électro.

7 technos de pro à la loupe

Des tonnes de questions, plein de réponses, mais pas toujours celles du « terrain ». Pas facile de se lancer ! D’où notre sélection non exhaustive des principales références du marché.

AQ8 Bodytech

  • Le principe : L’EMS, l’Electro Myo Stimulation (EMS). Sur un t-shirt/short de la marque, la combi est humidifiée pour « faire conducteur ». On enfile le gilet en néoprène muni de 28 électrodes à scratchs, qui s’adaptent à notre morphologie. Le coach fait une première séance pour caler la bonne intensité, et c’est parti pour 20 minutes, en solo ou en groupe jusqu’à 8 participants.
  • Pour quoi faire ? Presque tout. Plusieurs programmes (métabolique, core training récupération, fitness). Pour tonifier l’ensemble de la silhouette ou isoler des zones précises.
  • Ses forces : La liberté de mouvement, le 0 fil, la connectivité (5 K de portée, comme un talkie-walkie) qui fait qu’on peut rester indoor à enchaîner des burpees ou partir sur une session de run/renfo encadrée.
  • Les limites : Difficile d’en trouver.
  • Le prix : Comptez environ 35 euros la séance.
  • Verdict : Une séance de functional training, avec des stimulations électriques en plus. Pas de gêne au niveau des mouvements (pompes sur ballon instable, fentes, TRX…)
  • Où ? A Charenton et Paris (16ème), infos sur entrainement-ems.com

Compex SP6.0

  • Le principe : Chez soi ou à la salle, placez les modules sur les patchs, et choisissez le programme adapté à vos besoins.
  • Pour quoi faire ? Pour optimiser sa préparation physique, réduire l’acide lactique ou la douleur en zone locale, bosser son transverse en réalisant une planche, ou en massage relax après une journée harassante.
  • Ses forces : L’écran couleur indiquant l’emplacement exact de l’électrode, la techno MI-Scan qui scanne le muscle et ajuste automatiquement les paramètres à votre physiologie, les vidéos très détaillées, l’autonomie totale.
  • Les limites : S’adresse aux pratiquants réguliers. Le prix, qui peut être un investissement au départ. Et les patchs à racheter régulièrement en cas d’utilisation fréquente.
  • Le prix : 929 €
  • Verdict : Un boîtier complet mais pas complexe. Demande néanmoins un temps de pratique pour utiliser son plein potentiel.
  • Où ? Sur compexstore.com

Wiems Pro

  • Le principe : Une tenue d’électrostimulation munie de 18 à 20 patchs conducteurs, placés sur les quads, ischios, fessiers, abdos, dorsaux, pecs, bras… Une stimulation corps entier, à basse fréquences, qui permet de faire de multiples activités, en individuel ou en collectif (squash, vélo, run, muscu avec charges additionnelles ou au poids de corps, saut de corde) guidées par un coach et sa tablette tactile.
  • Pour quoi faire : Beaucoup d’applications : renforcement musculaire express (jusqu’à 10 groupes musculaires simultanés), rééducation & réathlétisation dans une centre spécialisé, augmenter son métabolisme de base…
  • Ses forces : Le sans fil, la liberté, le générateur embarqué qui prend le relais si la connexion bluetooth se perd (200 m de portée).
  • Ses limites : Pas grand chose. A quand les combinaisons grand public, sans coach ?
  • Le prix : Comptez environ 35 euros la séance.
  • Verdict : Prometteur. On peut tout faire avec, car les basses fréquences font qu’on ne « tressaille » pas en exécutant le mouvement.
  • Où ? Dans les centres dédiés, infos sur wiemspro.fr.

Mihabodytech

  • Le principe : Sous la houlette d’un coach, on enfile un corsaire et un t-shirt à même la peau (donc, 0 caleçon) ainsi qu’un gilet muni d’électrodes, une sangle sur chaque cuisse et chaque bras, sans oublier celle des fessiers. Tout est relié à un pupitre digital par un fil, duquel le coach formé à la méthode guide la séance.
  • Pour quoi faire ? Soulager ses maux de dos, ses problèmes articulaires, ses tendinites, mais aussi renforcer globalement sa silhouette, bosser en local en cas de pépin musculaire.
  • Ses forces : Des mouvements simples à faire (squats, curls, fentes, extensions de buste…).
  • Les limites : Le fil, qui limite la liberté de mouvement. Un protocole strict, un peu rébarbatif : 4 secondes de contraction, 4 secondes de repos, pendant 20 minutes.
  • Le prix : De 25 à 35 euros la séance.
  • Verdict : Des mouvements accessibles (squats, curls, fentes, extensions de buste…) mais dont la difficulté s’accentue par l’intensité des stimulations. Séance pas très folichonne mais efficace.
  • Où ? Dans les centres dédiés, infos sur masalledesport.com

Slendertone ABS8

  • Le principe : Une ceinture fine et légère, qui tonifie la sangle abdominale, en contraction passive, ou active, en réalisant des exos. Un module que l’on clipse (rechargeable sur port USB) pour enclencher facilement l’un des 10 programmes et choisir l’un des 100 niveaux d’intensité.
  • Pour quoi faire ? Des abdos, et que des abdos ! Grand droit, transverse, obliques internes et externes.
  • Ses forces : Peu onéreuse, facile d’accès, ne se remarque pas, se porte (bien serrée) dans les transports publics ou pour des activités passives (lecture, cuisine…).
  • Les limites : Travail ciblé uniquement sur les abdos. Normal. Il faut être assidu pour obtenir des résultats : 30 minutes par jour, 5 jours par semaines, pendant au moins 4 semaines.
  • Le prix : 149, 99 €
  • Verdict : Très facile à intégrer dans son quotidien, pour tonifier sa sangle, bosser son transverse efficacement, sans impact. Bon point pour la télécommande amovible qui enregistre les données pour suivre ses performances.
  • Où ? Sur fr.slendertone.com

Sport-Elec combi multisport pro

  • Le principe : Un ensemble d’accessoires incluant un gilet, deux brassards, deux cuissards ainsi qu’un électrostimulateur. On fixe soi-même les électrodes à l’intérieur du gilet et l’on associe contraction volontaire à la stimulation électrique.
  • Pour quoi faire ? Compléter son entraînement sportif au niveau musculaire, se relaxer avec les programmes de massages, ou soulager la douleur (diminuer les courbatures).
  • Ses forces : Compatible avec d’autres appareils Sport Elec et surtout d’autres marques (Compex, Globus…). Utile pour optimiser une séance de marche rapide ou de gainage.
  • Les limites : Prendre le temps de potasser les vidéos pour s’en faire un vrai partenaire d’entraînement. Ok pour du renfo, mais pas forcement pour du HIIT très intense.
  • Le prix : 599 euros (promos régulières)
  • Verdict : Bon complément à la pratique sportive. Utilisable sans coach, mais plutôt pour les sportifs ayant l’habitude d’utiliser des accessoires d’électrostimulation (notice succinte).
  • Où ? Sur sport-elec.com

Bluetens Duo Sport

  • Le principe : Deux appareils sans fils clipsés chacun à 3 électrodes pour stimuler 2 membres en simultanés (ex : les deux cuisses) ou de travailler en opposition deux muscles agonistes/antagonistes. Tout est contrôlé via le boîtier ou l’application mobile Bluetens. 2 programmes en même temps + deux différents.
  • Pour quoi faire ? Soulager ses douleurs, améliorer le retour veineux, se renforcer. Au total, 100 programmes différents accessibles du bout du doigt par un système de molette ou via l’appli.
  • Ses forces : Sa compacité, la facilité d’utilisation de l’appli et ses photos anatomiques indiquant la bonne position des électrodes sur les muscles, sans oublier la page Stats pour faire des recaps.
  • Les limites : Même chose que le précendent. Va pour le renfo musculaire, mais pas fait pour courir avec, faire du HIIT intense et de la corde à sauter.
  • Le prix : 299 €
  • Verdict : Petit, léger (2 X 25 g) pratique, mais costaud.
  • Où ? Vendu dans + de 2 000 points de vente (Boulanger, Nature & Découvertes, Décathlon, Intersports) et sur bluetens.com.