Vous souffrez d’éjaculation précoce ? Un médicament peut vous aider, mais est-ce la bonne solution ?

Depuis l’année dernière, un médicament, Priligy, a été mis en circulation en France pour lutter contre l’éjaculation précoce. Le pharmacien vous le vendra sur ordonnance pour allonger la durée de vos ébats. Mais sa légitimité divise dans le monde des médecins. Nous avons, chez Men’s Health France, confronté l’avis de deux spécialistes. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Pour : Facile et rapide : le mode d’emploi idéal (Pr. Pierre Costa, andrologue et sexologue).

L’éjaculation prématurée peut générer une vraie souffrance : certains patients sont parfois à la limite du désespoir. Le premier avantage de ce traitement est qu’il est très simple : il suffit de prendre un comprimé une à trois heures avant le rapport sexuel. Par exemple : vous êtes un homme de 25 ans, vous avez un rendez-vous et vous vous sentez très stressé à cause d’une éjaculation que vous savez trop rapide. Vous n’avez besoin que d’une prise unique avant de sortir. La deuxième raison de prescrire ce produit, c’est que les résultats sont là : la dapoxetine multiplie par trois ou quatre la durée du rapport avant l’éjaculation. La molécule augmente le taux de sérotonine dans le cerveau : c’est ce qu’on appelle un ISRS (inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine). La dapoxetine n’a pas les effets secondaires d’autres médicaments de cette classe, des antidépresseurs, qui ralentissent aussi l’éjaculation. Elle ne provoque pas d’idées noires au début et à la fin de traitement, ni de dépendance qui nécessite un sevrage. Le médicament agit très vite et il est rapidement éliminé par l’organisme. Les possibles effets secondaires sont généralement des nausées et des maux de tête. Ces derniers sont modérés et touchent moins de 20 % des patients. Pour autant, il ne faut pas considérer ce traitement comme un produit miracle ! La prise en charge doit être complète et le médicament n’est que la première marche vers une psychothérapie et/ou une sexothérapie, afin de vraiment régler le problème. Un patient à qui l’on offre une réponse immédiatement visible participe plus volontiers à un traitement plus long. Dans cette optique, le prix du médicament me semble pas si excessif (7 euros, ndlr), puisqu’il est transitoire et que le service rendu est réel.

Contre : Du sexe programmé (Dr. Patrice Cudicio, médecin).

L’éjaculation prématurée n’est pas une maladie. C’est un phénomène physiologique qui répond à la nécessité de reproduction de l’espèce. Tous les hommes sont naturellement éjaculateurs précoces, jusqu’à ce qu’ils apprennent à faire autrement. Tout seul, ce médicament ne résout par grand-chose puisqu’il n’est en mesure de prolonger le rapport, au maximum, que de deux ou trois minutes. Si vous éjaculez déjà en quatre minutes, il ne peut rien pour vous. On peut envisager l’usage d’un traitement de manière très provisoire, comme une béquille dans le cadre d’un apprentissage du contrôle de l’éjaculation. Mais dans ce cas, je ne trouve pas que la dapoxetine soit le meilleur choix, car elle a un défaut totalement rédhibitoire : elle force à programmer le rapport. Comment faites-vous ? Vous prenez votre pilule, et vous prévenez votre femme ou votre copine que vous serez prêt pour un rapport sexuel dans deux heures ? On oblige la femme à s’adapter aux envies de son compagnon. Cela risque de casser son désir et d’aggraver les problèmes du couple. L’attente peut aussi provoquer une anxiété chez l’homme et des troubles de l’érection au moment du rapport. Le principe d’un médicament à prise ponctuelle ne peut être intéressant que pour des jeunes qui ne sont pas en couple, mais la dapoxetine est trop chère pour eux. Pour les autres, un traitement à prise quotidienne est beaucoup plus intéressant car il préserve la spontanéité indispensable au rapport sexuel. D’autres médicaments de la classe des ISRS le font plus efficacement, même s’il peut y avoir un léger sevrage à la fin. Je pense que ce n’est pas pour rien si le laboratoire qui a inventé la dapoxetine l’a revendu plutôt que de l’exploiter.

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