À l’occasion de la sortie en salles de Magic Mike XXL – Joe Manganiello revient sur ses entraînements, castings et métamorphose qui ont fait sa carrière.

Les acteurs modifient sans cesse leur apparence pour les besoin d’un scénario, cela fait partie du métier. De Robert De Niro affichant deux fois plus de muscles dans Raging Bull à Christian Bale, dont le poids a fait le yo-yo entre The Machinist, Batman Begins et The Fighter, en passant par Matthew McConaughey avec sa mine quasi cadavérique pour son rôle dans Dallas Buyers Club, la métamorphose spectaculaire fait incontestablement recette au cinéma.

Pourtant, dans la plupart des cas, ces changements d’image ne sont que transitoires. Les abdos exhibés par les stars des superproductions hollywoodiennes ne durent que le temps du tournage. Conformément aux engagements imposés par les studios, des entraîneurs personnels présents sur le plateau ainsi que des nutritionnistes veillent en permanence à ce que le physique des acteurs soit au top de la première à la dernière scène. Des transformations qu’on applaudit certes, mais auxquelles les acteurs ne consentent que parce que cela figure dans leur contrat. Une fois libérés de ces obligations, ils ont tendance à se laisser aller (DiCaprio se reconnaît-il ici?). Mais Joe Manganiello est fait d’une autre étoffe : le collégien maigrichon de Pittsburgh qui a l’air de flotter dans son maillot de basket à 13 ans n’a de cesse de peaufiner sa condition physique.

Si c’est une première en France, Joe Manganiello a déjà fait quatre fois la couverture de Men’s Health aux États- Unis, devançant Hugh Jackman ou Jason Statham, et ce, à juste titre : d’année en année, il devient plus musclé, plus athlétique et arbore une musculature toujours mieux dessinée. Cherchant à évoluer en permanence, le changement temporairenel’intéressepas,nid’ailleurs les artifices de Photoshop, à la différence de bon nombre d’autres comédiens.

« Chez beaucoup d’acteurs qu’on voit en couverture des magazines masculins, le tour de taille a été retouché, ou ils portent L des vêtements d’hiver ou restent habillés, fait-il remarquer. Je sais très bien qu’ils ne s’entraînent pas. Je connais untel et je sais qu’il fume deux paquets de cigarettes par jour et est complètement bourré le week- end. Ce qu’il fait passer sur la couverture, c’est une illusion. Je trouve ça absurde. Personnellement, je fais du sport et je suis en bonne santé. Un gars comme moi, ça détonne dans le milieu du cinéma! »

L’ÉVEIL DU FORÇAT DE L’ENTRAÎNEMENT

Pourtant, l’histoire de sa métamorphose démarre de façon tout à fait classique. En 2002, on le choisit pour incarner Flash Thompson dans le reboot de Spider- Man. C’est un rôle « méga » pour cet acteurde26ans, mais le succès lui monte à la tête : il abuse de la boisson, fume comme un pompier, bref il vit dans la démesure comme s’il venait d’empocher le gros lot. Résultat, cette notoriété soudaine va l’anéantir et se solder par quatre années de galère, pendant lesquelles il n’obtiendra pas le moindre rôle. Pour payer ses factures, il trouve un job dans le bâtiment, maniant la pelle et préparant du béton tous les jours, de 7 heures à 16 heures, sous le soleil écrasant de Los Angeles. Bonjour, les douleurs! Au bout de quelques semaines pourtant, son corps commence à prendre du muscle et, dès le réveil, il ressent le besoin d’avoir sa « dose » d’effort physique. Bientôt, il enchaîne ses 9 heures de turbin sur les chantiers avec des séances de musculation en salle avant de rentrer chez lui. « Je ne me contentais pas de m’entraîner après le boulot, j’allais jusqu’au bout de mes forces, j’étais vraiment déchaîné! Je me donnais tellement à fond que je faisais presque peur autour de moi. »

Ses efforts intenses seront récompensés par un retour réussi avec, entre autres, des rôles dans des séries comme Urgences et deux apparitions dans Les Experts. Puis, en 2010, il se présente à un casting pour jouer Alcide, le loup-garou qui perce l’écran dans la deuxième saison de True Blood, la série de vampires qui fait un tabac. On lui offre le rôle et il fait alors ce que fait tout acteur pour incarner au mieux le personnage : il s’entraîne jusqu’à la limite de l’impossible pendant cinq mois avec son coach, Ron Mathews. Il va même jusqu’à se laisser pousser la barbe pour devenir le lycanthrope que les producteurs désiraient.

Et ça marche! Du jour au lendemain, Manganiello est adulé par le public féminin et, dans les scènes torse nu (dans les films de loups-garous, les acteurs ne tardent pas à se dévêtir!), son physique bardé de muscles ne passe pas inaperçu auprès des habitués de la fonte.

Il engrange aussi d’autres contrats pour les saisons suivantes et interpelle la rédaction de Men’s Health. À nos yeux, avec son physique baraqué, il préfigurait la nouvelle mouture de l’acteur de premier plan tel qu’on le voit maintenant sur le grand et le petit écran. Il avait renoué avec la célébrité et, cette fois, il avait même fait encore plus fort!

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QUAND TOURNAGE RIME
 AVEC ENTRAÎNEMENT


Quelques mois plus tard, nous avions invité Manganiello pour un dîner à Londres où il était de passage pour faire la promo de la nouvelle saison de True Blood au Royaume-Uni. Comme il le souhaitait, nous l’avons emmené dans un restaurant de sushis. Une fois sur place, sans toucher à un seul grain de riz, il a englouti d’énormes quantités de sashimis, accompagnées de joyeuses rasades d’eau fraîche alors que tout le monde buvait du vin. Il ne suivait pas un régime imposé par le studio, il était simplement lui-même et avait choisi sciemment ce genre de repas.
« Si on attend que les trois heures d’entraînement par jour se concrétisent comme par enchantement, on risque d’attendre longtemps! Où qu’on soit et même si on a autre chose à faire, il faut se mettre à l’œuvre. Dès que j’ai commencé à toucher de gros chèques grâce à True Blood, j’ai investi dans du matériel coûteux : un appareil elliptique, un tapis de jogging et un téléviseur mural pour pouvoir regarder le sport tout en m’entraînant. Je n’ai lésiné sur rien parce que je tenais à faire un boulot de pro. » Il enchaîne avec Magic Mike, qui s’inspire de l’histoire de Channing Tatum à 18 ans. Dans le film culte de Steven Soderbergh où il joue un strip- teaseur, il est entouré par une pléiade d’acteurs hollywoodiens à aux tablettes de chocolat plus dessinées les unes que les autres. Joe a donc dû faire monter d’un cran l’intensité de ses séances au gymnase! « Quand on est torse nu un ou deux jours par semaine, comme c’est le cas avec True Blood, on peut moduler l’intensité de chaque séance. Mais quandon est torse nu tous les jours, il faut s’entraîner sans relâche. On a donc passé quinze jours à aligner des milliers de pompes, de curls et d’élévations latérales. En gros, on n’a fait que de la musculation pendant deux semaines d’affilée. » Bien sûr, Joe ne s’est pas contenté de faire des pompes pour sculpter ce physique qu’on découvre à côté de celui de Tatum et de McConaughey. Il a aussi appliqué un régime à la rigueur implacable. Le plan n’avait rien de compliqué, mais il fallait s’accrocher : beaucoup de protéines, des glucides fournis par les patates douces et les ignames, pas de sucre, pas d’alcool et aucune excuse pour justifier le moindre écart. « Je n’évite pas les graisses : ça a été une mode passagère, mais elle a disparu, précise-t-il. Les amandes, c’est génial. J’ai aussi découvert que les graisses animales font grimper le taux de testostérone. Raison de plus pour en consommer davantage. Et puis, ça donne plus de goût à la nourriture. » C’est ce régime fruste et basique qui lui a valu sa deuxième couverture de MH aux États-Unis en juillet 2012 : il avait gagné près de dix kilos de muscle et n’avait jamais eu un taux de graisse aussi bas. Sa transformation était totale et, pourtant, son évolution allait passer à un autre stade après sa rencontre avec un certain personnage…

LA GENÈSE DU PROCHAIN ARNOLD

L’année suivante, nous avons rejoint Joe dans le désert de Californie, où il avait amené des masses, des pneus, des barres de musculation et de l’énergie à revendre. Le catalyseur de son ultime conversion a été Arnold Schwarzenegger, l’ancien gouverneur de cet État. Manganiello avait décroché un rôle dans Sabotage, un film d’action explosif qui allait être tourné avec Arnold : partageant la même passion pour la forme physique et une expérience similaire du travail sur les chantiers, les deux hommes se sont vite liés d’amitié. C’était le coup de pouce qui manquait pour que sa carrière soit enfin au diapason de son physique. « Arnold s’est bâti un empire et il ne l’a pas fait en restant les bras croisés. Je pensais que je ne chômais jamais et qu’au point de vue activité, que je me situais au niveau 8 sur une échelle de 10. Il m’a fait prendre conscience que je n’en étais qu’au niveau 2. Quand on est avec lui, on comprend vite à quoi correspond le niveau 8! »

L’an dernier, en plus des tournages de Sabotage et de True Blood, il a écrit un livre et dirigé son premier film, puis il s’est préparé pour Knight of Cups, le film de Terrence Malick où il joue aux côtés de Christian Bale et de Natalie Portman. Aujourd’hui, le gringalet devenu une montagne de muscles s’apprête à devenir encore plus impressionnant. Il est d’ailleurs conscient du rôle que Men’s Health a joué dans le développement de son tour de poitrine et de biceps. « Il y a quelques années, j’étais en train de débarrasser de vieux cartons et je suis tombé sur un numéro de Men’s Health acheté en 2003, nous confie-t-il. Je me souviens que quand je l’avais vu en kiosque, je m’étais dit que je voulais être aussi musclé que le gars sur la couverture. » Douze ans et quatre couvertures de Men’s Health plus tard, on peut dire qu’il a dépassé cet objectif! « Si je pouvais dire à ce gosse de 13 ans tout ce que je sais maintenant, j’insisterais sur le fait de surtout ne pas baisser les bras tant que le miracle ne s’est pas produit. » Vous allez découvrir dans les pages qui suivent les principes clés de l’entraînement de Manganiello et la démarche à suivre pour que ce miracle se produise aussi pour vous. Si vous vous y preniez bien, vous pourrez peut-être lui faire concurrence pour une de nos couvertures en 2016. Bonne chance!

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 SON INTERVIEW

MANGANIELLO ET LA FRANCE

En France, le bodybuilding n’a pas bonne réputation car on l’associe souvent à la prise de stéroïdes. Que pensez-vous de ces produits?

Je n’ai jamais touché aux stéroïdes et je n’y toucherai jamais, on peut arriver à des résultats impressionnants naturellement, en s’entraînant et en ayant une bonne hygiène de vie.

Vous voyagez beaucoup pour votre travail, comment faites-vous pour garder le même rythme d’entraînement loin de votre salle et de vos instruments?

En général, je trouve toujours une salle de sport et, selon la ville, c’est plus ou moins compliqué. Je me souviens d’un tournage de publicité en Espagne, à Madrid : la salle dans laquelle j’avais prévu de m’entraîner était à une demi- heure de taxi de mon hôtel et comme je m’entraîne tous les matins, ce n’était pas très pratique. Mais ça m’a permis de découvrir la ville, chaque nouvelle ville est une nouvelle aventure et j’adore l’Europe.

Vous êtes venu en France il y a quelques années, quel souvenir en gardez-vous?

Je suis venu à Paris en effet, en plein été, j’ai été absolument enchanté. La nourriture y est exceptionnelle, j’ai écumé les restaurants de la ville. Un endroit en particulier restera gravé dans ma mémoire, le cimetière du Père-Lachaise, c’est un lieu d’une beauté incroyable. Cette ville est magnifique de jour comme de nuit, faite de plaisirs simples, de contemplation et de cafés en terrasse.

En tant qu’acteur, avez-vous été particulièrement touché par un film français?

Un film m’a marqué, oui, Les Enfants du paradis avec Jean-Louis Barrault, que nous avions regardé en classe de cinéma au collège.

Et par un acteur français?

En fait, il s’agit d’une actrice. Vous savez, quand j’ai vu La Môme, j’ai été époustouflé. J’ai trouvé Marion Cotillard fabuleuse dans son interprétation.

Par Cyrielle Roux