Règle 6 : Si vous estimez qu’elle a trop bu, laissez-la rentrer chez elle

Vous n’êtes pas sans savoir que certains hommes se servent de l’alcool pour arriver à leurs fins avec la gent féminine. Pourquoi déployer des trésors de charme, jouer la classe et décocher des sourires ravageurs si l’on peut arriver à ses fins quand on est justement dépourvu de ces qualités ?

Si un verre ou deux enflamment les sens d’une femme, tant mieux. Après tout, elle est adulte, et nul n’objectera si sa sexualité se débride après quelques gorgées. Mais si elle fait des avances qu’elle ne ferait jamais si elle était sobre, comportez-vous en gentleman : ne la mettez pas au lit, mais dans un taxi.

Soyons sérieux ! Tant qu’on y est, pourquoi pas du Rivotril ? des stéroïdes ? de la drogue ? Ne perdons jamais notre esprit sportif ! Une victoire n’en est une que si elle a été remportée avec honneur !

 Règle 7 : La virilité ne se mesure pas au nombre de verres

Les bonnes idées sont légion chez l’homme : liberté, justice, triolisme, etc. Mais, dans le lot, il y en a une qui est particulièrement débile, à savoir celle selon laquelle boire est synonyme de force et que quantité rime avec virilité. Cette idée fausse a toujours été censée définir ce qu’est un « dur », celui dont

on dit qu’il « supporte bien l’alcool », qu’il est « le roi des culs secs », qu’il « tient bien le coup ! » On confond boisson et courage, franchise, identité masculine. Et c’est précisément

pour cela que bon nombre de jeunes considèrent l’alcool comme un passage obligé vers l’âge adulte, avec parfois des conséquences tragiques.

vin2On ne prouve rien en descendant d’un trait six chopes de bière ou en buvant plusieurs « canons » à la suite. La vodka ne va pas faire de vous un surhomme ni vous assurer des prouesses sexuelles.

L’alcool n’est pas un rival qu’il faut battre : à ce jeu-là, on est toujours perdant. Refusez les défis. Laissez tomber les jeux à boire. Ne cherchez pas la gloire. Les hommes boivent lentement, les jeunes le font sans discernement, d’où ce qui suit.

Règle 8 : N’encouragez pas les autres

Un homme qui se respecte n’incite jamais un copain à boire. Certes, il offre de payer la tournée suivante, mais il ne pousse jamais quelqu’un à prendre encore un verre et n’insinue pas que la réticence à « lever le coude » est typique d’une « femmelette ». Petit rappel : les meilleurs d’entre nous sont souvent ceux qui ne boivent pas. Citons Lincoln, Muhammad Ali ou Gandhi. Dira-t-on d’eux qu’ils n’avaient rien de masculin ? Certains hommes boivent, d’autres non. Où est le problème ?

Règle 9 : Boire en compagnie de…ses pensées

Nos mères nous déconseillent de boire seul sous prétexte que les joies de l’alcool se partagent entre amis. Nous avons bien compris le message et nous promettons même qu’on ne prendra pas un verre en solo, quelle que soit la situation. Toutefois, nous demandons une dérogation conditionnelle : il y a deux circonstances dans lesquelles un homme peut s’autoriser le moment de bonne humeur que lui procurera un bon verre de montrachet.

La première, c’est quand le moral en a pris un coup, soit parce qu’on s’est fait doubler de justesse par un collègue plus finaud ou (et c’est plus douloureux) parce qu’on nous a annoncé un diagnostic inquiétant ou qu’on est en pleine rupture sentimentale : notre dialogue avec nous- même sera plus réconfortant si l’on sirote un drink en appréciant toute sa saveur. L’écrivain Joseph Conrad affirme que « les hommes sont attirés par la mer parce qu’elle leur donne l’occasion de sentir leur force ». Il en va de même de l’alcool, qui nous aide à puiser dans notre force intérieure.

Donc, qu’il s’agisse d’élaborer un nouveau projet infaillible ou de survivre à une opération majeure, une ou deux gouttes d’un remontant peuvent faire des merveilles pour aider à affronter l’avenir avec courage. L’autre situation dans laquelle boire seul est autorisé, c’est après une victoire.

On a réussi plusieurs birdies et remporté la coupe, voire le grand trophée du club de golf. Ou bien on a réussi un joli coup en bourse et, bientôt, le prêt à rembourser ne sera plus qu’un lointain souvenir. Il faut savoir apprécier nos succès et faire preuve d’humilité en cas d’échec. On a donc plus d’une fois l’occasion de se porter un toast à soi- même. À propos de toast…

 Règle 10 : L’art du toast

« God love you, boyo. » [Dieu irlandaise ressemble aux formules qu’on lance lors d’un toast. Elle est merveilleusement riche de sens. « Dieu vous bénisse », bien sûr, pour vos qualités : votre esprit, vos bons sentiments, le fait que vous offrez volontiers un verre à votre prochain. Mais « Dieu vous bénisse » aussi parce que vous allez avoir besoin de sa tendre clémence à cause de vos idées insensées et de toutes vos faiblesses. « Dieu vous bénisse » enfin parce que vous êtes dans la lumière tout autant que dans l’ignorance.vin1

La prochaine fois qu’on vous demandera de porter un toast, d’inviter les convives à lever leur verre en l’honneur d’un amour encore neuf, d’un nouveau départ, d’une vie bien menée, n’oubliez pas de parler de nos limites humaines et de nos ambitions.

Il ne faudra pas vous contenter de célébrer l’union des jeunes mariés, il faudra inspirer l’assemblée. Veillez donc à ce que tous ceux qui sont présents aient le sentiment de participer à quelque chose de beau, de bon, de sublime.

Conseils pratiques : mêlez des mots concrets et précis comme « bouledogue », « beignet » et « scie à bois » avec des termes vagues, romantiques et à l’eau de rose, du genre « foi », « ardeur » et « amour éternel ». Conjuguant l’ordinaire du quotidien et la transcendance à laquelle nous aspirons tous, cette dualité donne le ton juste aux louanges et à l’allégresse. Nous sommes le produit de la terre et de l’air… au même titre que la bière et le whisky !

Règle 11 : Respectez le vin du sacrement

Ce n’est pas un hasard si l’alcool occupe une place prépondérante dans bon nombre de rites religieux. Dans le sacrement chrétien de l’Eucharistie, le vin symbolise le passage de la violence et de la brutalité à l’espérance rédemptrice. Notre penchant pour la foi répond au même besoin que notre goût pour le vin blanc, à savoir notre désir de tisser des liens.

Le mot « religion » vient du latin « religare » qui signifie « relier » ou « attacher » (le gros rouge qui tache… et attache ?). Et tout comme nous chantons ces hymnes en quête d’un terrain d’entente, nous partageons un verre pour trouver le chemin qui nous permettra d’aller l’un vers l’autre.

S’il nous était utile de chanter les louanges de la boisson, nous la décririons comme l’espoir que l’exaltation à peine perceptible qu’elle provoque fasse taire les jugements que nous portons sur autrui et nous aide à ouvrir nos cœurs au reste des enfants de Dieu. Le théologien Martin Buber a déclaré que « se donner totalement est le secret d’une vie bien remplie ». Voilà une belle devise : prendre un verre pourrait nous aider à lui faire honneur.