Pour optimiser leurs performances, certains athlètes s’offrent des stages en chambres d’hypoxie. Leur taux en oxygène est diminué afin de recréer artificiellement les conditions de l’altitude. Explications.

Du grec hypo, qui signifie « sous », et oxus, « oxygène », l’hypoxie désigne une inadéquation entre les besoins tissulaires en dioxyde d’oxygène (o2)et les apports. elle est un des effets de l’altitude. car avec la diminution de la pression atmosphérique, l’oxygène se fait plus rare et plus difficile à capter en altitude. or, pour fonctionner, vos muscles ont besoin de dioxygène et des molécules énergétiques qui leur sont apportées par le sang. l’organisme s’adapte et sécrète alors naturellement de l’érythropoïétine, la fameuse epo, substance qui augmente le nombre de globules rouges dans le sang. Vous gagnez ainsi en endurance et en récupération. Bref, vous êtes plus performant. mais saviez-vous que l’hypoxie engendrait également une amélioration de 3 à 10 % de l’économie de locomotion ?
Plus récemment encore, des recherches ont suggéré qu’elle pourrait avoir des bénéfices pour la pratique de sports à dominantes plutôt lactiques, comme les disciplines pugilistiques, le 400 mètres haies, le 200 mètres ou le squash. pourquoi ? parce que lorsque vous êtes en altitude, vous modifiez votre ventilation.
Vous avez tendance à hyperventiler. Et l’hyperventilation modifie certaines propriétés de votre sang et de vos cellules. « Cela perturbe ce que l’on appelle la réserve alcaline du sang et des muscles, explique yann le meur, chercheur en physiologie, mission du sport de haut niveau à l’institut national du sport, de l’expertise et de la performance (insep). Cette provision d’ions permet de compenser les ions H+ produits notamment lors d’un effort lactique acidifiant le muscle. Pour pouvoir continuer à utiliser cette filière énergétique, vous avez besoin d’avoir un certain stock d’ions afin de transporter les ions H+ que vous cumulez. C’est un peu comme une balance.
Pour le tolérer au niveau musculaire et sanguin, il faut avoir des réserves alcalines importantes. » cette amélioration du « pouvoir tampon » musculaire générée par l’hypoxie constitue une adaptation physiologique particulièrement intéressante pour les sports continus ou intermittents, reposant sur des efforts de haute intensité. nombreux sont donc les sportifs qui se mitonnent des petits séjours en altitude. mais si aller à la montagne peut être une manière de faire un agréable break, cela comporte un petit inconvénient. « En altitude, vous avez plus de difficultés à vous entraîner aussi intensément qu’en étant au niveau de la mer. »

Les alternatives au séjour en montagne
D’après une série de recherches menées à Prémanon, dans le Jura, la zone d’altitude favorable à l’amélioration de la performance se situerait d’ailleurs entre 2 500 et 3 000 mètres. « En dessous, le stress n’est visiblement pas assez fort pour engendrer des adaptations supplémentaires. Et vivre à 3 500 ou 4 000 mètres est trop fatigant, ce qui oblige à réduire de manière trop importante la charge d’entraînement. Ce que l’athlète gagne d’un côté, il le perd de l’autre. » L’idéal serait donc, selon les scientifiques, de vivre et de dormir en altitude, puis de redescendre dans la vallée pour s’entraîner. Une théorie pas facile à mettre en pratique côté logistique. C’est ainsi que sont nées les chambres hypoxiques, dont l’utilisation a été acceptée par l’Agence mondiale antidopage en 2004. À quoi ressemblent-elles ? À une piaule d’étudiant, à une tente ou encore à une verrière dans laquelle se trouvent vélos, rameurs, tapis de course. Tout dépend des centres… Un simple bouton permet de modifier la teneur en oxygène de l’air envoyé par un petit tuyau très discret, et de varier ainsi à volonté l’altitude. « Depuis deux ans, à l’INSEP, nous avons ce type de technologie. Nous pouvons simuler le fait d’être à 1 000, 2 000 ou 3 000 mètres d’altitude, alors que Paris est à 50 mètres au-dessus du niveau de la mer », explique Yann Le Meur. L’avantage ? « Lorsque le sportif va faire sa sieste ou se coucher le soir, il est à 3 000 mètres. Dès qu’il franchit la porte de sa chambre, il peut s’entraîner comme d’habitude. »
Autre solution ? L’AltiTrainer®. Mieux qu’un compteur à gaz, cette machine permet aux sportifs de s’exercer en hypoxie. Alors que vous faites une séance de 30 minutes sur un tapis roulant ou un vélo, vous respirez un air appauvri en O2 à l’aide d’un masque. Certes, pas très glamour, mais il a au moins l’avantage de tester les capacités lors d’une épreuve en altitude et d’améliorer les performances sur un certain mode physiologique. Dans cette recherche sans fin, l’idée est de provoquer des stimuli à l’entraînement capables d’influencer positivement la performance, tant en phase de préparation qu’en période de compétition. Pesant seulement 15 kilos, il est très facile à transporter et à utiliser. Il suffit d’avoir une alimentation électrique de 12 volts. Même si le travail en altitude se pratique beaucoup depuis les JO de Mexico (1968), il doit se faire sous contrôle médical sérieux.

Est-ce pour vous ?
L’amélioration de la filière aérobie concerne surtout les sports d’endurance. Celle sur la régulation du pH et du pouvoir tampon musculaire intéresse plutôt les disciplines de type 400 ou 800 mètres, cyclisme de piste. Par contre, pour les sports à dominante de force ou d’explosivité, il n’y a pas, a priori, de bénéfice. « Avant de se poser la question de savoir s’il est intéressant de se programmer ce type de stage, mieux vaut être au courant qu’il ne s’adresse pas à un sportif lambda, mais à des athlètes très entraînés. Nous sommes vraiment sur l’optimisation de la performance. Nous allons chercher les derniers réglages. » Les stages en hypoxie concernent donc les individus bien préparés, de niveau national. « Dans cette catégorie, nous pouvons espérer des progrès. Par contre, pour ceux appartenant à l’élite, a priori nous aurons du mal à les faire évoluer encore plus. Nous ne sommes pas sûrs que le stress soit suffisant pour qu’ils continuent à se perfectionner. »

Répondez-vous aux exigences ?
Pour tirer avantage du stage en hypoxie, vous devez remplir certaines conditions :
Être un sportif de niveau national. Ne pas être malade avant d’entrer en stage. Avoir des réserves élevées en fer afin de ne pas être anémié et fatigué. Un test au repos et à l’effort vous est demandé pour observer comment vous vous adaptez à l’altitude. C’est pourquoi, les quatre ou cinq premiers jours, les spécialistes ajustent l’altitude en fonction de la saturation artérielle en oxygène du sujet et la vitesse à laquelle il s’adapte. Si vous êtes « cramé » lorsque vous êtes exposé à l’hypoxie, il est déconseillé d’utiliser cette technique. Elle vous épuisera plutôt qu’autre chose et vous ne répondrez pas de manière positive.
Avoir du temps. Selon les études menées par le professeur Richalet, il faut passer entre 12 et 14 heures en chambre hypoxique, aux alentours de 2 500 et 3 000 mètres, pendant au moins trois semaines, pour observer des adaptations biologiques.

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Clarisse Nénard