Crédits : Emmanuel Bournot

Après son interview pour le magazine, Erwann Menthéour a accepté de rejouer le jeu. Pour menshealth.fr, l’homme aux multiples facettes se dévoile un peu plus.

Si on devait retenir un seul conseil de votre méthode, lequel ce serait ?

S’il y en avait vraiment un seul ce serait d’arrêter de manger industriel. On vit une crise alimentaire sans précédent dans l’historie de l’humanité, c’est à dire que le monde dans lequel on vit, est tellement pollué qu’il pollue notre intérieur. Notre alimentation a plus changé en 70 ans qu’en 3 millions d’années. Il faut commencer par manger ce pour quoi on est conçu. Ce qui est dingue c’est que les gens trouvent ça normal quand ils ont une voiture de mettre la bonne huile dedans, et ils trouvent dingue quand on leur demande de manger ce pour quoi on est conçus alors que c’est la chose la plus élémentaire.

« Mettre plus d’argent dans sa voiture que dans la qualité de ce que l’on va manger c’est délirant. »

Certaines personnes aimeraient suivre votre méthode, mais n’ont pas forcément les moyens suffisants. Comment concilier revenu modeste et alimentation bio ?

Ce n’est pas recevable de dire que l’on n’a pas les moyens de manger bio. Si on décide de faire du locavorisme (ndlr : favoriser le local), ça prend 3 minutes sur internet de chercher à proximité de chez soi, c’est à dire à moins de 10 km, les gens qui sont dans une agriculture raisonnable et raisonnée sans intrant chimique ni biologique. On est sur des fruits de saison qui sont à peu près 30% moins chers que les fruits traditionnels et les légumes. Acheter du bio standardisé dans les grandes surfaces, coûte cher. C’est du packaging, c’est du bio standardisé qui vient de l’autre bout du monde. En moyenne ce que l’on a dans notre assiette met 3 500 km à nous parvenir. C’est mauvais pour nous, parce que ça fait des semaines, voire des mois qu’il a été retiré. Il y a des conservateurs dedans, des agents de textures.

Le temps qu’ils arrivent dans notre assiette, il n ‘y a plus de propriété de nutrition, de propriété organoleptique (ndlr : caractère d’un produit pouvant être apprécié par les sens humains) donc ce bio là n’est absolument pas intéressant. Le seul intérêt qu’a le bio standardisé qu’on a dans les chaines distributeur de l’agro alimentaire c’est qu’il n’y a pas d’intrant chimique.

Aller dans des AMAP (ndlr : Association pour le maintien de l’agriculture paysanne) à coté de chez nous, coute 30% moins cher que les fruits traditionnels.

En 1950, la part du budget ménage dédié à l’alimentation était de 45% aujourd’hui selon une étude du Credoc, il oscille entre 8% et 12%. À mettre en parallèle avec les téléphones, les ordinateurs, les télévisions, qui prennent 7,5% du budget ou le budget de la voiture de la voiture qui prend 19%… C’est ridicule! Mettre plus d’argent dans sa voiture que dans la qualité de ce que l’on va manger c’est délirant.

Que dites-vous au gens qui ont un rythme de travail tel qu’ils n’arrivent pas à concilier leur travail et l’hygiène de vie que vous prônez ?

Je leur conseillerai de laisser un peu les réseaux sociaux de côté. Les Français passent par jour en moyenne 1h45 devant les réseaux sociaux. En fait ce qu’on évoque en ce moment c’est de rentrer dans l’ère du consumérisme, on est plus un être humain, on est un ‘Homo Economicus’. On est dans une course où on passe son temps à travailler pour gagner de l’argent pour pouvoir se payer du temps. Le prix des choses n’est pas le prix réel des choses. On va pendant vingt ans réduire nos dépenses en ce qui concerne ce qui va nous alimenter, ce qui est censé assurer nos fonctions vitales et cognitives. Ce sont des prix qui sont moins chers puisqu’on fait de l’élevage intensif. L’élevage intensif et la culture intensive détruisent notre environnement. Il n’y a plus de nutriments dans le sol donc on arrive dénutri. Par exemple quand on arrive dans un service de gastroentérologie, 50% des patients sont dénutris, ils sont en carence. Donc le coût de ces calories que l’on ne paie pas cher est en fait très cher pour la collectivité. Ne serait-ce que pour dépolluer les sols. Le temps que vous ne prenez pas pour vous aujourd’hui, vous allez le passer plus tard à vous soigner.

« Je leur conseillerai de laisser un peu les réseaux sociaux de côté. »

On parle toujours de régime, c’est devenu une mode, pensez-vous que si vous arrivez à évangéliser autour de votre méthode ce sera la fin des régimes ?

On est conditionné par le marketing aujourd’hui. Il faut savoir qu’en France deux femmes sur trois veulent maigrir et un homme sur deux veut maigrir. Le but aujourd’hui ce n’est pas de faire des régimes. Le but aujourd’hui c’est de réapprendre ce pourquoi on est fait. Notre corps et notre ADN se sont constitués à l’époque d’un mec qui était chasseur-cueilleur, qui était omnivore avec des intestins d’herbivore, qui passait son temps à courir, à grimper à faire des efforts physiques.

Aujourd’hui on ne mange plus rien des choses pour lesquelles nous sommes conçus mais en plus on est devenus complètement sédentaires. Et les gens sont surpris quand on leur demande de se bouger, de consentir des efforts pour choisir ce qu’ils vont manger. On est un loser maintenant si on ne prend pas le temps de vivre. C’est maintenant que ça se passe, ce n’est pas demain. Ce que l’on prend comme bonnes habitudes pour nous, va changer le monde. De fait il va y avoir un rejaillissement direct sur la société. Plutôt que de faire venir des choses qui conduisent à l’autodestruction de la planète, je vais recréer du tissu économique local, je vais réduire le déficit de la Sécurité Sociale. Je vais être en meilleure santé et je vais être plus proche des miens parce que je vais me mettre deux fois par jour à table et je vais parler avec eux à table, je vais les connaître. Je ne me dirai pas « J’ai perdu mon temps toutes ces années ».

Comment faites vous pour gérer votre promotion et toujours être au top ?

Quand je suis fatigué je prends le temps de me reposer. J’alterne de la muscu, de la boxe, du running, du footing et surtout du yoga. Le yoga m’apporte beaucoup. Avant j’étais dans un rapport de compétiteur avec mon existence. J’étais dans cette course et je voulais tout le temps être le meilleur, être le plus efficace possible. Maintenant je prends du temps pour moi, pour être avec les miens. Quand je ne vais pas bien, je m’arrête et de toute façon le monde va continuer de tourner sans moi. Le monde va continuer sa course.

Un jour je ne serai plus là. L’an dernier quand mon frère est mort, j’ai vraiment pris conscience pour la première foi qu’un jour j’allais mourir, qu’on était dans un grand cirque et que le temps que je passais devait être du temps de qualité. Il fallait que je sois capable de me recueillir devant la beauté des choses, devant la beauté de l’instant. Et mon instant est plus précieux que mon futur hypothétique. D’ailleurs, on appelle l’instant, le moment que l’on est en train de vivre, on appelle ça le présent. C’est un cadeau. Donc il faut prendre ce cadeau.

« Mon vrai kiff, c’est ma famille »

Où est votre havre de paix ?

J’adore être en famille. Je suis quelqu’un d’assez casanier, je ne sors pas, je ne suis pas mondain. J’adore recevoir des gens à la maison. Mon vrai kiff, c’est ma famille, mes filles, ma femme. On reste en famille, on fait de l’acroyoga en famille, on se marre. Et puis il y a des moments où je m’arrête pour faire un peu de méditation. J’ai besoin de ces moments d’introspection. J’ai plusieurs activités différentes, j’ai besoin d’avoir des respirations. Le fait d’écrire, ça me permet de beaucoup réfléchir, ces moments me ramènent à ma finitude, à me dire « Oui tu vas mourir ». Ça m’oblige à mettre du sens dans ma vie.

Marine Minnekeer & Louise-Camille Bouttier