Alors qu’on parle beaucoup du cancer du sein ou de l’utérus, les cancers qui touchent les hommes restent encore tabous. Pas pour nous : on a défriché le sujet autour de dix idées reçues. Par Jasmine Saunier.

 

1. Le cancer, c’est très (très) grave.

Oui, d’accord, le cancer, ce n’est pas folichon. Mais toutes les tumeurs ne se valent pas, loin de là. Si les cancers du poumon ou du pancréas font peur, ceux des testicules et de la prostate sont clairement des petits joueurs. « Il y a trente ans, le cancer des testicules avait la réputation d’être très grave, confirme le Pr François Haab, chirurgien-urologue. Mais aujourd’hui, on le traite au-delà de 95 % des cas. » Quant aux tumeurs de la prostate, les formes méchantes sont très minoritaires.

« Un tiers des hommes n’ont même pas besoin d’être traités, rappelle le Pr Emmanuel Chartier-Kastler, spécialiste en neuro-urologie. Leur cancer est si peu évolutif qu’on se contente de le surveiller. » Pour nombre de spécialistes, ces tumeurs bénignes ne devraient même pas porter le nom de « cancer », inutilement anxiogène.
Et dans les cas où il faut agir, les traitements sont très efficaces. Quatre-vingts pour cent des hommes se portent bien cinq ans après leur cancer de la prostate, selon les chiffres de l’Institut national du cancer. Les récidives sont rares, et généralement peu agressives.

 

2. Cancer = chimio

Quand on pense au cancer, on voit passer des images de cheveux qui tombent et de blouses d’hôpital. Pourtant, dans le cancer de  la prostate, la chimiothérapie n’est pas la règle.

Pour le Pr Haab, on en est même loin : « Elle est réservée aux formes très agressives, principalement les cancers qui ont été dépistés tardivement. » Dans la grande majorité des cas, les médecins proposent la chirurgie (l’ablation de la prostate), la radiothérapie ou encore un traitement hormonal. Côté testicules, c’est un peu différent. « Seules certaines tumeurs bénignes, et dépistées très tôt, échappent à la chimiothérapie », concède l’urologue. Mais ce n’est pas la majorité. La bonne nouvelle, c’est l’incroyable efficacité du traitement.

 

3. Le cancer, c’est pour plus tard

Difficile d’imaginer qu’on puisse être concerné à 30 ans. Le cancer de la prostate est effectivement assez rare avant 50 ans, car l’âge n’y est pas pour rien. « On sait aujourd’hui que presque tous les hommes ont une tumeur bénigne de la prostate en vieillissant, affirme l’urologue François Desgrandchamps. Dans la très grande majorité des cas, elle n’évolue pas et la personne ne s’en rend même pas compte. »

Le cancer des testicules est différent. Il est beaucoup plus rare, puisqu’il touche 2 300 hommes par an, contre 71 500 pour le cancer de la prostate. Mais, surtout, c’est un cancer de l’homme jeune, entre 18 et 35 ans. On n’en connaît pas la cause, mais on sait que le fait d’avoir eu un testicule qui n’est pas bien descendu à la naissance est un facteur de risque, de même que des antécédents familiaux. Sans que l’on sache pourquoi, on observe également un second pic de ce cancer autour de 55 à 60 ans.

 

4. Inutile d’être parano, de toute façon, on n’y peut rien.

C’est la phrase favorite de ceux qui préfèreraient mourir – c’est le cas de le dire – plutôt que de consulter un médecin. Mais entre la paranoïa et la politique de l’autruche, il y a un juste milieu ! Outre le fait que le dépistage peut vous sauver la vie, il peut aussi vous éviter de passer par la case « chimiothérapie ».

Pour un check-up complet de la prostate, il suffit de prévoir un rendez-vous chez le médecin pour vos 50 ans. Il réalisera une prise
de sang et un dosage de PSA.  Il s’agit d’un marqueur qui donne une idée de l’activité de la prostate. Vous ne passerez probablement pas à côté du toucher rectal. Mais souvenez-vous : vous aimez la vie et vous voulez garder vos cheveux et vos sourcils. Le dépistage doit être réalisé dès 45 ans si d’autres membres de la famille ont été touchés par ce cancer, ou même une tumeur du sein. Pour le cancer des testicules, il suffit de vérifier régulièrement qu’aucune grosseur anormale n’apparaît.

 

5. Trop de sexe provoque le cancer de la prostate

« La culpabilité est assez fréquente chez nos patients, constate le Pr Nicolas Thiounn, chirurgien-urologue. Certains se demandent si le fait d’avoir eu beaucoup de partenaires et une vie sexuelle très active n’a pas causé leur cancer. » Seules les IST peuvent en augmenter un peu le risque.

Pour le sexe, ce serait peut-être même le contraire. Si l’on en croit certaines études, le fait d’éjaculer souvent contribuerait à la bonne santé de la prostate. Malheureusement, les données ne sont pas très convaincantes… S’il existe un lien entre l’activité sexuelle et le cancer, il se situe plutôt au niveau de la testostérone. Qui dit « multiples partenaires » dit souvent « taux élevé de testostérone ». Or, si elle ne provoque pas le cancer, la testostérone peut accélérer son développement.

 

6. On peut éviter les cancers avec une bonne hygiène de vie

Certaines études suggèrent qu’une alimentation équilibrée pourrait réduire les risques de cancer. On cite les effets bénéfiques du lycopène, contenu dans les tomates, ou d’une restriction des produits laitiers et des graisses animales.

Mais tous les spécialistes ne s’accordent pas sur cette question, car les preuves scientifiques manquent. Le fait de manger sainement ne vous empêchera probablement pas d’avoir un cancer, si c’est votre karma. Par contre, cela vous évitera de mourir d’un AVC à 50 ans, après être devenu totalement impuissant, le ventre et les organes génitaux noyés dans la graisse.

 

7. On devient stérile après un cancer des testicules

« Dans le protocole de soins, il est prévu que le patient fasse conserver son sperme au Cecos, le centre d’examen et de conservation du sperme, explique le Pr Thiounn. C’est une précaution, dans le cas où il rencontrerait des difficultés à procréer avec un seul testicule. Mais dans les faits, moins de 20 % des hommes y ont recours. » Le retentissement sur la fertilité est temporaire. La plupart du temps, le deuxième testicule remplit parfaitement le job au bout d’un an ou deux.

 

8. Beaucoup d’hommes deviennent impuissants.

Ce n’est jamais le cas après un cancer du testicule ! Le chirurgien retire le testicule malade et le remplace éventuellement par une prothèse, si le patient le désire. S’ensuivent la chimio ou la radiothérapie d’usage, mais aucun de ces traitements n’a le moindre impact sur l’érection.

Les choses sont un peu plus compliquées dans le cancer de la prostate. « Lorsqu’il faut retirer la prostate, l’homme perd son éjaculation et cela peut modifier un peu les sensations orgasmiques, explique le Pr Thiounn. Mais surtout, il n’a plus d’érection dans la majorité des cas. » Théoriquement, le mécanisme peut revenir à la normale au bout de quelques mois, s’il reste des érections partielles. Dans les faits, il ne faut jamais attendre jusque-là. « Les tissus des corps érectiles sont fragiles et des érections régulières sont essentielles pour les préserver, confirme le Dr Patrice Cudicio, sexologue. Il faut mettre en place un traitement dès que l’opération est cicatrisée. Il s’agit en général d’injections dans la verge, qui provoquent l’érection. » S’ils sont réticents au départ, la plupart des hommes s’y habituent et retrouvent une bonne sexualité.

 

9. Il y a les bons et les mauvais chirurgiens

L’opération est très standardisée et la technique du chirurgien a peu d’impact sur son résultat. « Certains patients reviennent nous voir assez mécontents parce qu’ils n’ont plus d’érection, raconte François Haab. Ils nous disent qu’ils ont lu des témoignages sur Internet ou qu’ils connaissent quelqu’un qui a été opéré et qui n’a aucun problème. Il faut comprendre que les conséquences sur la sexualité sont très variables, en fonction de l’importance de la tumeur et du contexte dans lequel le patient se trouve. »

Les mécanismes de l’érection sont principalement situés autour de la prostate, mais ils ne se limitent pas à quelques nerfs facilement identifiables. Pour résumer : c’est complexe. Si le cancer l’exige, il faut parfois étendre l’opération et déborder sur cette espace. « L’érection peut disparaître
même si la zone est préservée, car les nerfs sont traumatisés, complète le Dr Cudicio. L’effet est généralement passager, mais l’interruption risque d’endommager les tissus et d’empêcher le mécanisme de se rétablir naturellement. Des facteurs psychologiques peuvent aussi aggraver le problème. »

 

10. On ne guérit jamais vraiment du cancer

Ce qui est vrai, c’est qu’un cancérologue ne vous dira jamais que vous êtes « guéri », pour la simple et bonne raison que, techniquement, cela signifierait que vous n’avez plus besoin d’aucune surveillance. Or, quels que soient la personne ou le cancer, il y a toujours une surveillance annuelle. Malgré cela, la majorité des patients se portent parfaitement bien dix ans plus tard et tous les urologues interrogés considèrent que la maladie est généralement guérie à ce stade. Le risque de récidive est alors vraiment très, très mince.