Chute libre indoor
© iFly

Focus sur une discipline en plein boom qui pourrait bien intégrer le programme des jeux Olympiques de Paris en 2014 : la chute libre indoor.

Par Thomas Héteau

Shot d’adrénaline avec la chute libre indoor !

Une pratique en plein essor

« Chute libre indoor », « vol en soufflerie » ou encore « indoor skydiving » : ces trois appellations renvoient en fait au même concept, celui de pouvoir voler en mode safe ! Ici pas d’avion ni d’altitude mais un tube de verre vertical dans lequel est propulsé un flux d’air à très haute vitesse (jusqu’à 300 km/h), reproduisant ainsi les sensations du parachutisme. Conceptualisée dans les années 1980, la pratique s’est peu à peu intensifiée pour connaître un développement exponentiel lors de cette dernière décennie. Aujourd’hui, les souffleries accessibles au grand public poussent comme des champignons : on compte actuellement en France 6 souffleries fixes et une quinzaine mobiles. Selon les derniers chiffres fournis par iFLY, le leader mondial, 250 000 personnes ont découvert et pratiqué le vol en soufflerie sportive en France l’année dernière. Mais attention, il s’agit aussi d’un véritable sport placé sous l’égide de la Fédération française de parachutisme. Certains pratiquent ainsi la chute libre à haut niveau avec des championnats d’Europe, du Monde et des Coupes du Monde.

Soufflerie VS parachutisme

Quid des différences et des similitudes entre un saut en parachute et la chute libre indoor ? Première chose, la position de vol est la même. Selon les spécialistes, les sensations et le ressenti sur l’air seraient également similaires, même si en soufflerie l’appui sur l’air serait un peu plus dur. En revanche, pas de sensation de chute en indoor ! Si les sportifs peaufinent souvent leur préparation physique en salle de sport, les parachutistes de haut niveau se servent eux de la soufflerie comme d’un outil d’entraînement en complément de leurs sauts d’avion. Le fait d’évoluer dans un espace plus restreint leur permet en effet de travailler leur technique (position des bras, des mains et de la tête) et de gagner en rapidité, en précision et en puissance. Et puis, face aux 45 malheureuses secondes d’un saut en parachute, la soufflerie leur permet surtout de voler beaucoup plus longtemps !

Les conseils du champion

Ex-gymnaste de haut niveau, Yohann Aby s’est reconverti dans le parachutisme à 18 ans. Le Français détient aujourd’hui l’un des palmarès les plus impressionnants de la discipline : 3 titres de champion du monde (freestyle), multiple vainqueur de la Coupe du Monde (freestyle et freefly) et vainqueur des World Air Game (freestyle). Liste non-exhaustive ! Pour en arriver là, le parachutiste a passé – et passe encore – de nombreuses heures en soufflerie…

Pour débuter ?

« C’est très basique : que ce soit d’un avion ou en soufflerie, la meilleure position du corps c’est à plat. Il faut placer les bras devant soi, légèrement pliés, lever la tête, pousser le bassin vers le sol et plier un peu les jambes. »

Pour être stable ?

« Le fait d’être trop plat crée de l’instabilité. Plus le corps est cambré, plus on est stable. Plus on pousse le bassin vers le sol, plus on va ancrer son corps sur l’air et plus on sera stable. Les jambes ne doivent pas être trop tendues non plus au risque d’aplatir la figure et donc de l’instabilité. Même logique pour les bras. Le fait de relâcher les mains et les jambes, de se laisser aller avec la force du vent, apporte cette cambrure qui permet cette stabilité. Pensez aussi à ne pas regarder le sol car cela aplatit le corps, regardez bien devant vous pour maintenir la position la plus stable possible. »

Pour monter et/ou descendre ?

« En soufflerie, la progression est très rapidement, beaucoup plus qu’en saut d’avion. Après 30 minutes de pratique, on peut déjà réussir à se déplacer. Pour cela, il existe plusieurs techniques : le fait de tendre les bras et les jambes permet de prendre davantage de surface sur l’air, et donc de monter. Pour descendre, il suffit de relâcher. On peut également garder la même position de bras et de jambes mais jouer avec la position de la tête : lorsqu’on appuie la tête sur l’air (en regardant le sol), on décambre naturellement le corps et cela va permettre de monter. Le fait de retirer la tête et de regarder devant permet de descendre. »

Des erreurs à éviter ?

« Il peut y avoir beaucoup de vent dans la bouche, un peu comme si on passait la tête par la fenêtre d’une voiture. C’est la même sensation. Du coup, certains oublient de respirer. Or, le fait de ne pas respirer contracte le corps et crée de l’instabilité sur les positions. Il faut se relâcher et souffler tout le temps. »

Les bienfaits ?

« Avec cette position quelque peu inhabituelle, le corps se contracte naturellement. Une rigidité que l’on garde pendant plusieurs minutes. Ce sont souvent des muscles que l’on n’a pas l’habitude de travailler, même chez les sportifs réguliers. Attendez-vous à quelques courbatures le lendemain, notamment au niveau du dos (lombaires, dorsaux, nuque). Mais le relâchement et la stabilité permettent de libérer le corps et donc de diminuer les tensions musculaires. Et puis, il y a ce côté sensationnel et ludique. La soufflerie permet de toucher du doigt ce rêve que tout être humain a en lui : voler. Je trouve ça génial. »

Des contre-indications ?

« Elles concernent surtout les personnes ayant d’importants problèmes au dos ou celles qui ont déjà été victimes d’une luxation de l’épaule. Il peut en effet avoir un déboitement si on se laisse trop aller, mais seulement pour ceux qui ont déjà une fragilité ligamentaire à ce niveau-là. »

Une ambition olympique

En novembre dernier, la Fédération française de parachutisme, en lien avec la Fédération aéronautique internationale, déposait officiellement une candidature pour que le vol en soufflerie intègre le programme des épreuves additionnelles des Jeux Olympiques de Paris 2024. L’instance fédérale a même décidé de créer de nouveaux formats de compétition conçus pour répondre aux attentes des spectateurs et des audiences télévisuelles : vitesse en vol, dynamic, freestyle, vol en équipe… L’idée ? S’adapter au cahier des charges olympique. « En fonction de la discipline choisie, le format permet une rapidité de mise en œuvre et un déroulement correspondant à l’image d’un sport dynamique où agilité et précision du geste se complètent avec des règles faciles à comprendre », font savoir les responsables fédéraux.

Décision finale rendue par le CIO en décembre 2020.