Tom Hopper
© Emmanuel Bournot

Héros des séries Merlin, Black Sails ou Game of Thrones, Tom Hopper impose sa carrure, fascine avec ses bras colossaux et enchante avec son charisme dans The Umbrella Academy. En exclusivité, nous avons rencontré à Londres l’homme fort de la série Netflix.

Par Fabien Menguy

Tom Hopper : le Number One

Il a beau répéter à longueur d’épisode que seul son père l’appelle « numéro un », il en a pourtant toutes les qualités requises. Adopté par Sir Hargreeves avec six autres frères et sœurs dotés de pouvoirs incroyables pour former la Umbrella Academy, destinée à sauver le monde de l’Apocalypse, Luther Hargreeves, alias Spaceboy en est le chef. Et pour servir cette bête de la nature douée d’une force et d’une résistance surhumaines, il fallait bien un acteur hors-norme comme Tom Hopper. Ce beau bébé d’1,96m a certes été gâté par sa génétique, mais il a su au fil des années au cœur de sa campagne anglaise natale se forger lui-même ce corps d’athlète robuste. De part son physique, sa condition sportive, mais aussi son leadership et son mode de vie sain, Tom s’impose donc, à n’en point douter, comme le numéro un.

Ton personnage n’assume pas toujours le fait d’être considéré comme le Numéro un de sa fratrie.

Oui, parce que de l’extérieur, il ressemble à gros dur solide, avec un corps de géant. C’est effectivement ce qu’il est en apparence, mais à l’intérieur il cache un homme doux, meurtri, assez vulnérable, très sensible, et même romantique. Du coup, il aime être le numéro un, mais il n’est pas à l’aise avec le poids des responsabilités que cela implique. Ça l’oblige à prendre des décisions, et parfois il s’aperçoit que ce ne sont pas toujours les meilleures.

 Mais toi dans la vie, tu es plutôt un numéro un, non ?

J’aime monter l’exemple si je peux. Si je sens que je peux être utile ou que les choses sont mal faites, j’essaie souvent de prendre le leadership. Et pareil, des fois en faisant ça, tu prends les mauvaises décisions en pensant bien faire. En tant que parent aussi. Je suis père et le fait est que quand tu deviens parents, tu es obligé de diriger. Que tu aimes ça ou non, tu es obligé de devenir un leader par la force des choses. Et tu ne fais pas toujours les bons choix. C’est le job le plus difficile au monde. (Rires.)

Là, ton personnage de Luther est doté d’une force surhumaine. Quel autre super-pouvoir de la série aimerais-tu avoir ?

Celui de Numéro 5. Il peut voyager dans le temps, et le voyage temporel m’a toujours intéressé. J’adorerais voir le futur. J’adorerais voir la technologie à venir. Tu imagines si aujourd’hui un type débarquait des années 80 ! Whaou, tu peux avoir Internet, Google, tu peux avoir les réponses à toutes les questions que tu te poses. Toute la connaissance du monde tient là dans la paume de ta main. Ça, c’est un super-pouvoir. L’idée même d’un smartphone est juste incroyable.

Mais avoir un super-pouvoir, c’est un handicap ou un inconvénient ?

Les deux. Ça dépend comment tu l’utilises. Celui de Luther est bénéfique. Il l’utilise pour faire le bien. Mais « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités » comme dit Spider-Man. (Rires.)

Que ce soit Perceval dans Merlin, un pirate dans Black Sails, Dickon Tarly le frère de Samwell et sauveur de Jaime Lannister dans Game of Thrones, tu n’en as pas marre de jouer les costauds ?

En fait, c’est ce à quoi je ressemble, donc je ne peux pas aller contre le fait qu’on me propose de jouer des gros durs. Mais là, si j’ai accepté de jouer Luther, c’est aussi pour la profondeur du personnage. Je n’aime pas jouer juste le balèze qui n’a rien à dire, ou le gars trop agressif. Ça ne m’intéresse pas. J’aime jouer des personnages qui montrent ce qui est caché derrière leurs corps imposants.

 Tu as suivi un entraînement spécifique pour la série ?

Un petit peu. Il y a pas mal de choses que je faisais déjà. Mais j’ai ajouté beaucoup d’entraînements en arts-martiaux. Mais le plus difficile, ça a été une séquence de danse commune ultra chorégraphiée. Ça, ça a été compliqué, car je n’avais jamais dansé à ce niveau auparavant. On a répété 7h par jour pendant 4 jours. C’était tellement nouveau pour moi, et là, je ne pouvais pas compter uniquement sur mes muscles.

Quelle est ta journée d’entraînement type ?

Je fais beaucoup d’exercices aux anneaux, et plutôt un entraînement fonctionnel pour améliorer la mobilité générale de mon corps. Je fais beaucoup d’exercices avec des accessoires, je me sers beaucoup des kettlebells. En vieillissant, je m’aperçois que le plus important c’est la mobilité et la récupération. C’est bizarre, car j’ai toujours travaillé pour l’esthétisme, pour être à mon avantage sur les séances photos. J’ai toujours mangé sainement, mais maintenant je me rends compte que l’exercice physique est primordial pour maintenir ma longévité, ma santé et ma forme générale.

Du coup, ta journée type ?

Je me lève entre 5 et 6h du matin. Et je vais m’entraîner. À la salle si je peux. J’ai une salle de sport très près de chez moi, mais j’ai aussi mon propre garage avec du matériel de base. Des anneaux, un vélo, un rameur. Ça dépend de ce que je travaille. J’ai des barres, des cordes, un banc, des kettlebells. Je les installe dehors en été. J’ai un jardin tout en longueur et quand il fait beau, je sors tout et je joue avec les enfants. Donc, je commence ma journée par une à deux heures de gym, je prends un petit-déjeuner assez copieux car en général je ne remange pas avant le soir. Et je prends un café. Je suis obsédé par le très bon café. Du café bio de bonne qualité si je peux. Et ensuite, je réveille ma femme et mes enfants, et je profite de ce que la journée a à m’offrir.

Tu fais d’autres sports à côté ?

Ces temps-ci, je joue un peu au golf, le vélo est devenu mon nouveau sport, et quand j’étais jeune, j’adorais jouer au rugby. Le rugby c’était mon truc, et j’aimais aussi le football. J’ai toujours aimé le sport, le problème c’est que pratiquer un sport de compétition, ça implique trop de risques de blessures et je ne peux plus me le permettre aujourd’hui. C’est dommage. J’ai toujours aimé le fait de m’entraîner en but d’une compétition, mais je ne peux plus trop le faire. Mais par exemple lors de mon dernier tournage à Toronto, j’en ai profité pour faire un tournoi de hockey sur glace. C’est physique, mais j’ai adoré.

Qu’est-ce te motivait gamin dans le fait de faire du rugby ?

Là d’où je viens, le comté de Leicestershire, c’est un grand pays de rugby. Quand les gamins grandissent, ils ont le choix entre le rugby, le foot, ou les deux. Et j’ai choisi les deux, mais je suis tombé amoureux du rugby. J’ai intégré le club local et j’adorais ça. J’ai arrêté de jouer en entrant à l’école d’art dramatique. Les gars m’ont demandé de revenir jouer, mais je ne pouvais pas à cause des coups. Je ne pouvais pas me permettre de me pointer à une audition avec un œil au beurre noir. J’ai dû faire un choix vers 20 ans : sacrifier mon hobbie pour ma carrière.

Tu le regrettes ?

Je ne le regrette pas, mais ça me manque, oui. C’était beaucoup de fun, et j’aimais cette camaraderie, mais je la retrouve aussi avec mes partenaires de jeu sur un tournage, cet esprit d’équipe est assez similaire.

 Tu referais le camp d’entraînement que tu avais fait pour la préparation de la série Black Sails, six semaines à base de jeûne intermittent et d’entraînement à haute intensité ?

Oh ouais, ça c’était intense. C’était un moment incroyable. Certainement les semaines les plus intenses de ma vie, plus que mes stages de préparation quand je faisais du rugby, ou que n’importe quelle autre préparation pour un rôle. J’ai appris beaucoup de choses, et j’ai aussi appris ce qu’il ne fallait plus faire. Ton corps peut encaisser pas mal avant de te dire qu’il en a assez. On a poussé le régime à une intensité extrême et la personne que je suis aujourd’hui, quelques années plus tard, ne pourrait plus s’entraîner avec autant d’intensité tous les jours. C’est pour ça que j’atteins ce niveau d’intensité certains jours, mais pas tous les jours, car ce n’est pas sain ou bénéfique pour ton corps.

En quoi cet entraînement intensif a été bénéfique ?

Psychologiquement. Tous ces tests m’ont appris que mon corps était capable d’atteindre des limites que je pensais impossibles. Et même d’aller encore plus loin, de dépasser ces limites et de pousser encore. Ça entraîne ton esprit presque plus que ton corps. Ton esprit abandonne bien plus tôt que ton corps. Ta tête te dit : « Arrête maintenant ! », mais en fait ton corps peut encore continuer. C’est une grande leçon de vie de se pousser au-delà de ses capacités.

Tu referais le « 222 », cet exercice qui consiste à cramer 222 calories en 10 minutes sur un vélo airdyne à résistance ?

Oui. Je suis surtout très fier de l’avoir fait. Je l’ai fait quand j’avais 29 ou 30 ans, j’en ai 34 et j’aimerais bien le retenter 10 ans après pour savoir si je suis encore capable de le faire. C’est un des trucs les plus durs que j’ai jamais fait. Vraiment très difficile. Aujourd’hui, pas mal de gens l’ont fait, mais à l’époque deux ou trois mecs avaient réussi, et je suis fier d’y être arrivé. L’exercice dure dix minutes, mais au bout de 5 ou 6 minutes, tu as l’impression que ton corps est en marmelade, et ton esprit te hurle : « Arrête-toi maintenant où tu vas mourir ! ». C’est tellement intense, et tous ceux qui ont essayé ressentent exactement la même chose. Mais ça fait partie de ces challenges, ou des ces épreuves de fitness, où tu te dis que tu peux le faire si ton esprit te dit de le faire.

Quelle est l’importance du mental pour toi ?

Le psychisme a une grande importance dans le sport. Il faut connaître ses points faibles, mais aussi apprendre à utiliser son système nerveux ou son afflux d’adrénaline de manière positive. Avant, j’étais de nature très nerveuse, j’avais des problèmes d’estomac, j’étais inquiet pour ma carrière. Car être acteur est quelque chose de très compétitif. Il y a beaucoup de points communs avec le sport. Tu dois essayer de gagner, d’être le meilleur pour le rôle, parce qu’il y a 10 autres gars qui veulent la même chose. Et c’est impossible si tu ne parviens pas à transformer cette adrénaline en énergie positive.

C’est quoi ton régime alimentaire ?

Je suis un mangeur sain. Je ne mange aucune nourriture industrielle, aucun sucre industriel, pas de farine, seulement de la nourriture paléo. Je me considère comme un produit de la nature, donc je ne mange que ce qui provient des arbres ou du sol. Et j’essaye autant que possible de manger de la viande issue d’un élevage éthique et de fermes biologiques. Dans le monde dans lequel on vit, il y a tellement d’additifs, tellement de nourriture malsaine, et j’essaie de me battre contre ça. Pourquoi vous mangez des saloperies alors que vous pouvez manger de la vraie bouffe ? Ce n’est pas compliqué, il suffit de faire l’effort de, et d’en faire le choix. Le sucre est tellement mauvais pour le corps. On vit une épidémie de diabète, de maladies cardio-vasculaires et de cancers, et on sait à quel point toute cette malbouffe est mauvaise pour nos corps. Il y a tellement d’alternatives naturelles. Prenez une mangue juteuse, vous avez zéro calories, un indice glycémique très bas, et ça a pourtant un goût très sucré si vous voulez retrouver cette sensation de douceur. Pour moi, c’est une question d’éducation ou de naïveté du public qui se dit qu’il ne pourra pas se passer de ça ou de ça, mais il y a des alternatives.

Tu regrettes les poulets que te faisait ta mère quand ado tu t’es mis à la musculation ?

(Rires) J’essayais de m’éduquer sur la nutrition. Internet commençait à être accessible, donc j’ai commencé à faire mes propres recherches, donc je disais à ma mère : « Maman, tu peux me faire des blancs de poulets aux brocolis ? ». Elle me disait : « Mais comment tu veux que je te les prépare ? » – « Cuits-les, c’est tout, fait les griller, peu importe ! » Donc, j’ai commencé à la maison à avoir un dîner différent des autres, alors que j’étais jeune. Ma mère était cool, car elle m’a encouragé. Aujourd’hui, ma mère aussi a arrêté de manger du sucre, et elle se sent en pleine forme et a perdu du poids. Maintenant, les rôles se sont inversés, c’est moi qui lui prépare à manger.

 Pour terminer, outre Luther de la Umbrella Academy, tu es aussi Dickon Tarly dans Game of Thrones. Qu’est-ce que cette série a changé dans ta vie ?

Game of Thrones est certainement la meilleure vitrine pour te faire connaître en tant qu’acteur en ce moment. Si tu es dans Game of Thrones, tu seras vu plus que si tu tournes un ou deux épisodes de n’importe quelle autre série, parce que c’est regardé dans le monde entier. J’ai pu faire The Umbrella Academy parce qu’on m’a repéré dans Game of Thrones.

Et est-ce qu’on a déjà essayé de se battre avec toi dans la rue ?

Non, ça ne m’est jamais arrivé. Il faut être idiot pour penser que quelqu’un qui joue les durs dans une série l’est aussi dans la vie. Ou alors quand tu sors dans les bars, mais ce n’est pas mon cas. Je ne bois pas. Du coup, je n’ai pas l’ego qui gonfle quand je bois de l’alcool. Et si ce genre de situation arrive, j’essaie de calmer le jeu plutôt que de répondre avec agressivité. Mais les gens sont sympas, parce que je suis plutôt du genre friendly.