Ismael Ndemazagoa
© Joseph Caprio

Ismaël Ndemazagoa, est un bodybuilder pur et dur. Cet adepte d’un culturisme « old school » pose son regard sur une discipline en constante évolution. Son éthique est inflexible, mais elle pourrait cependant l’orienter vers de nouvelles voies.

Ismaël Ndemazagoa: Body or not Body

Ismaël arrive en France en 2016. Il a déjà onze années d’entraînement derrière lui. Mais jamais encore il n’a pensé à faire de la compétition. C’est dans la salle Star Fitness de Grenoble qu’on va très vite lui suggérer de participer à des concours. Le physique du jeune électronicien possède en effet toutes les qualités qu’on attend de la catégorie « Bodybuilding ». Un remarquable volume musculaire (notamment aux cuisses, ce qui est rare), et un équilibre des masse harmonieux. Mais Ismaël n’y croit pas vraiment. La compétition était jusque là hors de son champ des possibles. « Déjà, lorsque j’étais encore en Afrique, des amis sur les réseaux sociaux me prédisaient, au vu des photos que je postais, une carrière sportive si je venais en Europe ; mais très franchement, je pensais qu’il s’agissait d’une plaisanterie de leur part ! » Il a donc été surpris quand la suggestion fut renouvelée au Star Fitness. « Finalement j’ai suivi le mouvement. Ils m’ont bien conseillé. » Si son physique possédait déjà une belle maturité culturiste, sa diète à Bangui, en effet, n’avais jamais été performante.

Et en l’espace de deux ans à peine, son éloquent palmarès va donner raison à ses anciens et nouveaux amis. Au-delà des titres et des très bonnes places décrochées au niveau national et international dans la catégorie des -80 kg, on peut observer, sur scène ou sur les photos, une science consommée des poses. A voir la précision de ses déhanchés, la sûreté des appuis pour les poses tout en puissance ou l’élégance expressive des bras levés pour les poses esthétiques, ou encore les expressions toujours adaptées du visage, on pourrait croire aisément à un bodybuilder expérimenté. « C’est que j’adore l’entraînement, explique le champion, et je regarde sans cesse des vidéos d’entraînement et de posing des pros, sur internet. Je suis d’une famille où on pratiquait beaucoup la musculation. Et puis j’ai rapidement pris du plaisir à la compétition. » Ces vidéos vues et revues au quotidien dans une visée technique, vont lui donner au passage le goût de l’histoire de la discipline et vont lui forger une éthique aux solides fondations.

Ismael Ndemazagoa
© Joseph Caprio

« Je suis à l’aise dans la catégorie Bodybuilding, je m’y sens à ma place. Mais je comprends tout à fait pourquoi bien des athlètes se dirigent vers les Men’s classic ou les Men’s Physique : le volume requis en bodybuilding a atteint un niveau qui ne donne pas envie. On abuse de ce critère au détriment de la qualité et de la symétrie ! » On peut s’étonner de ces remarques. Le champion est de fait un bodybuilder massif qu’on n’imagine pas ailleurs que dans les – 80 kg, sinon dans une catégorie de poids supérieure. Sauf que son goût s’est forgé dans l’admiration des grands champions d’avant les années 2000. « Mon champion préféré est Flex Wheeler, clame Ismaël, un bodybuilder, selon moi, c’est avant tout une silhouette en « X ». »

Sa deuxième référence est Tom Platz. Ce dernier, pourtant, n’était pas réputé pour l’élégance de sa ligne. Mais Ismaël, en culturiste passionné, apprécie le développement des cuisses. « Ce sont ses entraînements titanesques pour les quadriceps qui vont me séduire. Tom m’a considérablement influencé. »

Toujours est-il que pour Ismaël, passé l’an 2000, la recherche du volume à outrance comme critère prépondérant a tout gâché. Et l’athlète de détailler : « Trop de volume est dommageable pour l’esthétique, ça peut ‘casser’ la ligne comme on dit, mais c’est également nuisible pour la santé. » Fidèle à ce principe, Ismaël affirme du reste qu’il ne prendra plus de poids. Oscillant entre 76 et 79 kg en compétition, il prend soin de ne pas dépasser 85 kg hors-saison. Son volume est acquis. Il ne veut progresser qu’en termes de symétrie et de définition. Et au passage, cela lui permet d’être en bonne forme toute l’année, plus proche de la sèche. Définitivement, il veut rester en bodybuiling en essayant de faire passer ses critères.

Bien évidemment, on lui a déjà conseillé de se présenter plus lourd. « Aux championnats d’Europe, le premier était juste plus volumineux que moi, mais ma ligne et ma qualité, à mon humble avis, était au-dessus. » S’il n’est pas si facile de renoncer à une progression dans le classement, cela ne semble causer aucun souci à notre champion.

L’étique d’Ismaël passe avant toute chose. Elle est claire dans son esprit, et rien ni personne ne viendra l’infléchir. Il ne dépassera pas les 80 kg en compétition ! Sa vision de l’esthétique culturiste et son exigence de bien-être et de santé sont inamovibles : il ne les sacrifiera pas pour une place. Grimper sur la première  marche en prenant un peu de volume ? « Ce n’est pas mon problème ! » dit-il. C’est celui des juges, sans doute ; celui de quelques spectateurs, peut-être… mais son problème à lui est de tenir le cap d’une vision. Il est un bodybuilder de l’ancienne école, influencé par Flex Wheeler pour l’harmonie des formes, le rapport du volume et du galbe, la limite de masse à ne pas dépasser. Guidé par Tom Platz pour la richesse et la radicalité de ses entraînements des quadriceps. Mais une ancienne école qui garde ses portes grandes ouvertes à une discipline en pleine mutation. Une vision rigoureuse qui malgré tout n’est pas incompatible avec ces nouvelles catégories sur lesquelles le champion garde un œil attentif. « Je prépare Univers WPF 2019 dans ma catégorie, mais, après, je pourrais bien envisager d’essayer la catégorie des Men’s Classic car mon rapport taille/poids me permettrait d’y accéder. » Nous verrions alors un Men’s Classic particulièrement massif. Mais ne dit-on pas qu’une œuvre d’art contient ce qui la précède et annonce ce qui la suit ? Ainsi, dans la plastique d’Ismaël Ndmazagoa, nous voyons peut-être — et dans le même temps —, le corps du culturiste d’hier et celui du bodybuilder de demain.

L’entraînement off-saison d’Ismaël Ndemazagoa:

Lundi : Pectoraux -Mollets

Mardi : Dos

Mercredi : Epaules

Jeudi : Cuisses – Mollets

Vendredi : Bras – Avant-bras

Samedi et dimanche : repos