Larry Wheels
© Per Bernal

Larry « Wheels » Williams s’est fait un nom comme prodige du powerlifting, exécutant sur Intagram d’époustouflantes démonstrations de force. Il aspire désormais à d’autres exploits.

Comment Larry Williams est-il devenu « Larry Wheels » ?

A 24 ans, le prodige du powerlifting est une sensation des réseaux sociaux et future étoile du bodybuilding. L’histoire commence sur une île des Caraïbes, avec un adolescent maigrichon qui soulève deux parpaings attachés à un manche à balai. Williams, fils unique d’une mère célibataire, avait été balloté d’un foyer provisoire à un autre avant de quitter New York à l’âge de 12 ans pour l’île de Saint Martin, où il devait rejoindre sa mère, qui avait temporairement perdu son droit de garde. Deux facteurs, raconte Williams aujourd’hui, l’ont conduit à fabriquer sa première barre : le premier était l’ennui, le second le harcèlement.

Williams était grand et incroyablement maigre, avec « une pomme d’Adam saillante », reconnait-il. Il n’avait également pas d’endroit où étudier. Les seules options étaient une institution francophone, où il aurait été totalement perdu, et une école privée, que sa mère n’avait pas les moyens de payer. Il trainait son ennui à longueur de journée, essayant désespérément de se faire des amis parmi les jeunes de son âge, qui lui menaient la vie dure. Pour combattre ces deux problèmes, Williams s’est mis à faire du sport. Comme les salles de sport de St Martin n’acceptaient pas les moins de 16 ans, raconte Williams, il enchainait les sit-ups, les pompes et les tractions et soulevait jusqu’à épuisement les barres qu’il avait bricolées lui-même. Il enfourchait ensuite son vélo et pédalait à nouveau jusqu’à épuisement.

Au bout de quelque temps, il ne pouvait plus passer une journée sans s’entraîner. En rentrant à New York avec sa mère, il s’est inscrit immédiatement dans une salle, ce qui lui a permis de remplacer son matériel maison par des charges véritables de plus en plus lourdes. C’est là qu’il a trouvé sa voie. « À 17 ans, je me suis rendu compte que j’étais déjà le gars le plus fort de la salle », raconte Williams. « Je ne voulais pas gaspiller mon talent. J’ai donc commencé à me poser des questions : ‘Qu’est-ce que je fais sur terre’ ? Je n’étais pas doué pour les études, je détestais l’école, je détestais apprendre, je détestais faire mes devoirs. Mon seul intérêt, c’était d’aller à la salle et de devenir plus fort. C’était ma seule passion. »

Sept ans plus tard, Williams est toujours le gars le plus fort, quelle que soit la salle où il s’entraîne. Il a plus d’un million de followers sur Instagram et si on a l’impression qu’il établit de nouveau records personnels (et quelques records du monde) toutes les deux semaines, c’est parce que, depuis quelques années, c’est effectivement le cas. Ses exploits de force sur Instagram (comme un soulevé de terre à un bras à 265 kg, un développé couché à un bras à 100 kg et un développé strict à 200 kg) ont contribué à tisser sa légende sur Instagram et à pousser Williams à toujours se lancer de nouveaux défis tout en faisant grossir son audience en ligne.

« MON SEUL INTÉRÊT, C’ÉTAIT D’ALLER À LA SALLE ET DE DEVENIR PLUS FORT. C’ÉTAIT MA SEULE PASSION. »

Même s’il sait comment se mettre en scène sur les réseaux sociaux, il n’est pas en reste pour accomplir des exploits en compétition : en novembre 2018, Williams a battu le record du monde dans la catégorie des 125 kg avec un total de 1031 kg pour les trois mouvements (soulevé de terre, squat et développé couché) lors d’une rencontre du Revolution Powerlifting Syndicate (RPS). L’année précédente, il avait déjà établi un record du monde dans la catégorie des 110 kg avec un total de 985 kg.

Pourtant, selon Williams, ce n’est qu’un début. Il vient de s’établir à Los Angeles, où il s’entraine pour des compétitions de bodybuilding, à la fois pour augmenter son audience sur les réseaux sociaux et pour se lancer un nouveau défi.

En 2019, il a prévu de passer du temps en Islande, pour s’entraîner avec Thor Björnsson, mieux connu sous le nom de « la Montagne » dans la série de HBO Games of Thrones et comme vainqueur 2018 de la compétition de l’Homme le plus Fort du Monde. C’est un rêve, avoue Williams, de marcher un jour sur les traces de Björnsson (181 kg pour 2,05 m) et de devenir l’Homme le Plus Fort du Monde. Même si Williams, 120 kg pour 1,85 m, reconnait que quelques années (et peut-être aussi de nombreux kg) le séparent de cet objectif.

Williams a le sentiment que les meilleures années de sa carrière sont encore devant lui. Pourtant, cela ne lui a pas toujours été facile de trouver sa voie, même après avoir compris que sa place était dans une salle de musculation. Depuis ses débuts, Williams a subi deux ou trois blessures par an, pour la plupart mineures, comme des déchirures des ischios et des douleurs lombaires. Rien qui nécessite une opération. À la longue, pourtant, son corps a fini par en subir les conséquences. Williams assure pourtant qu’il ne « poussait pas la fonte avec son égo » à ses débuts. Il préfère dire qu’il avait (et a toujours) une passion pour les charges lourdes.

Motivés par les autres powerlifters qu’il voyait sur YouTube, Williams s’est imaginé que pour prendre de la force, il fallait continuer à augmenter les charges. Il s’entraînait tous les jours, mangeait plus et s’était mis à prendre des stéroïdes. Pour finir, il avoue : « Mon corps avait fini par faire de la résistance. Si on voulait faire la liste de tous les effets secondaires que j’ai ressentis, il nous faudrait la journée. »

Ce qu’il fallait à Williams, c’était d’un entraîneur qui le comprenait lui et ses objectifs et pouvait lui enseigner une technique correcte et lui apprendre comment modérer son entraînement de manière à ne pas se blesser. Il l’a trouvé en la personne de John Gaglione, un coach basé à New York et ancien powerlifter dont la clientèle comprend, entre autres, des lutteurs de division 1 et des compétiteurs de powerlifting. Gaglione est encore aujourd’hui l’entraîneur principal de Williams. « Il a totalement transformé ma vie », affirme Williams.

Williams a participé à sa première compétition de powerlifting RPS à 18 ans. Bien que ne pesant 112 kg, il concourait dans la catégorie des 125 kg, et il a gagné. Pendant quelque temps, il a gagné sa vie comme serveur, comme sa mère, avant de devenir entraîneur personnel dans une salle haut de gamme, ce qui lui permettait de joindre les deux bouts. Désormais, il compte suffisamment de followers pour pouvoir gagner sa vie grâce aux réseaux sociaux ainsi que grâce à ses sponsors, en plus de pouvoir se consacrer entièrement à son entraînement.

© Per Bernal

Pour continuer à prendre de la masse, Williams reconnait qu’il a dû diversifier son entraînement. C’est pour cette raison qu’il s’est mis au bodybuilding. Il a participé à son premier concours, le Gold Coast Classic NPC, en février dernier et a remporté le titre poids lourds. Néanmoins, Williams reconnait que beaucoup reste encore à faire pour réussir la transition du powerlifting au bodybuilding, particulièrement en termes de régime, beaucoup plus strict que celui qu’il suivait en tant que powerlifter.

Williams s’efforce de garder quand même un peu de souplesse dans son régime. (Les beignets à la cannelle sont ses aliments transgressifs préférés). Il a constaté que s’il consomme moins de 300 glucides par semaine, il « sent sa force décliner rapidement. » Au début de la période qui précède une compétition de bodybuilding, il privilégie le bœuf et le riz, et à l’approche du concours, il ajoute du poulet et parfois de la patate douce.

Même si Williams avoue absorber encore certains stéroïdes, il reconnait que sa consommation n’a rien à voir avec ce qu’il prenait adolescent. « Je préfère m’en tenir au strict minimum », explique-t-il. En octobre dernier, Williams a publié sur YouTube une vidéo pleine d’émotions intitulée : « Les stéroïdes, la vérité brute ! Larry Wheels. », dans laquelle il parlait ouvertement de son usage des stéroïdes et des problèmes personnels qui l’on conduit dans cette voie. Il mettait également en garde les personnes tentées de commencer à en utiliser afin de les prévenir des risques.

« Mon plus gros problème actuellement avec mes exploits de force que je poste sur les réseaux sociaux, c’est que j’espère que cela ne va pas pousser certaines personnes à croire qu’ils devraient en faire autant », craint Williams. « Je ne le recommanderais jamais à quelqu’un qui débute. Je pense que c’est beaucoup trop risqué. »

Au-delà de ses craintes de servir de mauvais exemple, Williams a trouvé une grande satisfaction à servir de modèle sur les réseaux sociaux. Avec sa petite amie, il passe une partie de son temps à Los Angeles afin de pouvoir collaborer avec d’autres powerlifters et d’autres bodybuilders (et, comme il le reconnait franchement, pour fuir la météo de New York). Grâce à ses sponsors et à la vente de ses programmes d’entraînement en ligne, il n’a plus à se soucier, dit-il, de « faire un boulot qu’il déteste. » Il envisage de faire venir sa mère à Los Angeles, afin qu’elle puisse l’aider à diriger les affaires de sa société.

Tout ce que Williams a à faire désormais, c’est de continuer à se concentrer sur son entraînement. Les options sont innombrables. Va-t-il quitter définitivement le powerlifting pour devenir bodybuilder ? Il l’envisage. Va-t-il conquérir l’univers du bodybuilding, pour devenir ensuite l’Homme le Plus Fort du Monde ? C’est un autre de ses objectifs à long terme. Il est bien déterminé à faire tout cela.

« Cela ne me laisse aucune excuse », dit-il. « Mais maintenant je n’ai pas peur. J’ai tout le temps nécessaire pour me battre pour mes objectifs. Mais le fait de pouvoir vivre des réseaux sociaux, c’est de loin ce qui me plait le plus. »