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Maîtrisez son destin

À 28 ans, Teddy Riner a (presque) tout gagné. Fort de son 10e titre de champion du monde obtenu à Marrakech le mois dernier, le colosse au nom d’ourson, invaincu depuis sept ans, est plus que jamais l’homme à (a)battre aux JO de Tokyo en 2020

« Tu devras toujours te battre plus que lui« . L’entame du film promotionnel d’Under Armour dédié à son porte-drapeau en dit long. Et si c’était lui-même, son adversaire de toujours ? Comment le garder à distance jusqu’aux JO ? Cinq pistes avec le maître des tatamis.

1 – Vivre avec la pression

Avec 2 titres olympiques, 5 titres de champion d’Europe et 10 de champion du monde, Teddy ne virerait-il pas un peu numismate ? Pas vraiment. La pression, il connaît. « Cela fait depuis 2010 que je suis cet “homme à abattre”. Mais ce n’est pas pour autant que j’intègre cette donnée dans mon entraînement. Personne n’a peur de moi. Mes adversaires veulent tous gagner. Ils n’ont juste pas envie de se prendre un ippon ou d’être ridiculisés. Certains sont plus grands, plus forts, plus véloces que moi. Mais le jour J, tu as beau être le meilleur, tu peux perdre. Donc, moi aussi. »

2 – Toujours y croire

« J’ai commencé le haut niveau à l’INSEP à 14 ans et demi. Quand je mets les deux pieds au bord du lit, le matin, ça fait mal. Mais l’envie de m’entraîner et de bien faire est plus forte. Je crois en mon projet, je peux encore aller chercher ce titre. Je me dis : “Nan, je ne suis pas trop vieux, je peux le faire.” Si je continue, c’est que j’y crois. OK, ça fait un petit moment que je suis invaincu, mais moi, je ne pense qu’à gagner. C’est ce que je suis. Même en jouant avec mon fils je n’aime pas perdre ! Alors, avec des adversaires sur un tatami, imagine ! »

3 – Se réinventer sans cesse

Très observé (« de ouf, mais de ouf », dit-il), en stage de préparation ou en compétition, Teddy est obligé d’innover et de rester imprévisible. « Ça peut paraître difficile à voir, mais je prépare toujours quelque chose qui fasse la différence. Pour mon 9e titre cet été, j’avais bossé toutes les techniques. Et qu’est- ce qui s’est passé ? La technique que je voulais le moins rentrer, sasae (blocage du pied en soulevant, en japonais, ndlr) est celle que j’ai le plus utilisée ! Zéro explication. Mais pour autant, chaque jour, je cherche à me réinventer, à me donner le choix, à créer l’exploit dans la fraction de seconde pour faire tomber mon adversaire. »

4 – Puiser plus loin

Et si le secret de Teddy, c’était la force du collectif, ce « clan Teddy », présent à chaque rendez- vous majeur ? « Ma famille a toujours été là, dès ma première compétition. C’est mon second souffle. Je sais qu’ils sont dans la salle, je me dis : “Je n’ai pas le droit de perdre, ils se sont mis en quatre, ils ont tous fait le déplacement. Il faut que je me donne”. Quand je suis sur le tatami, ça me donne des ailes. »

5 – Se relever

Avant d’enquiller ses 144 victoires consécutives, « Gros Bébé », puisque c’est son surnom, a combattu, et a perdu. On ne s’en souvient pas. Lui, si. « Lorsqu’il s’est passé ça (il n’arrive presque pas à dire le mot « défaite », ndlr), cela a déterminé tout le reste de ma carrière (voir encadré). J’ai travaillé, tellement, à gauche, à droite, sur le physique, sur le mental… C’est grâce à ce moment douloureux que j’ai pu produire mon meilleur judo. Je vais plus loin:sien2010,jene perds pas, je ne suis pas sûr d’être champion olympique en 2012. » De quoi méditer, chers lecteurs, sur toutes les épreuves endurées et d’en tirer profit pour se relever, renaître et vous déployer.

Ces mots qui forgent

Le 13 septembre 2010, en finale du Tournoi de Paris, Teddy, inconsolable, perd face au japonais Daiki Kamikawa. Un petit bonhomme surgit alors des gradins. Entraîneur à l’INSEP, Franck Chambily ne s’occupe pas encore de Teddy. « Juste à ce moment, il me dit des mots durs. Personne ne pourra le comprendre, mais la personne qui m’a préparé mentalement à devenir ce que je suis, c’est lui », explique le Guadeloupéen, énigmatique. Quels sont ces mots ? « C’est toi qui a perdu. C’est toi qui t’es laissé arbitrer. T’aurais pu gagner. T’as été petit bras », a bien voulu me confier Franck Chambily, son entraîneur. Une défaite salvatrice, puisque Kamikawa est à ce jour le dernier judoka à avoir battu Teddy Riner. Un an plus tard, celui-ci lui rend la monnaie de sa pièce, lors d’un combat humiliant qui dure à peine une minute. Fallait pas l’embêter, Teddy.

Charles Brumauld