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Rien ne sert de procrastiner, il faut partir à point

Procrastiner est un sport qui demande de la force, de l’agilité et un mental d’acier. Il faut tout faire au dernier moment, en conjuguant urgence et efficacité

Les accidents graves sont beaucoup plus nombreux que dans n’importe quelle autre discipline. Et pour cause : il faut compter avec la loi de Murphy. Comme le rappelle un principe immuable de cette célèbre « loi de l’emmerdement maximum », les dates de rendu des projets les plus lourds tombent toujours en même temps.

Le dérapage est quasi inévitable. Par exemple, vous passez le week-end de votre premier anniversaire de mariage à travailler et votre dossier mal ficelé vous ridiculise dès le lundi matin en réunion. Bref : vous décidez de laisser tomber la procrastination. Mais ce n’est pas si facile.

1 – Pourquoi faire aujourd’hui ce que l’on peut remettre à demain ?

« Cela n’a rien à voir avec de la fainéantise, met au point Michaël Ferrari, coach et auteur du livre Stop à la procrastination (éditions Quotidien Malin). Les procrastineurs ne sont pas moins impliqués ni moins exigeants que les autres. D’ailleurs, nous avons tous quelques sujets, plus ou moins importants, à propos desquels nous procrastinons ». Vous remettre au sport ? Appeler un ami perdu de vue ? Repeindre la salle de bain ? Procrastination ! Mais rassurez-vous, remettre à plus tard n’est pas un trait de la personnalité. Pour cet auteur, ce n’est qu’une habitude à déraciner. Malheureusement, il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. « On a beau savoir ce que cela nous coûte, se débarrasser de la procrastination est très compliqué », constate le coach. Étonnant, non ?

C’est qu’il y aurait aussi des avantages à remettre à plus tard. En tête de liste : la peur. « La procrastination peut résulter de la peur d’échouer, de la crainte du regard de l’autre, ou encore dans la peur d’être atteint dans son estime personnelle », détaille Dr Bruno Koeltz, auteur de Comment ne pas tout remettre au lendemain (éditions Odile Jacob). Tant qu’on ne fait rien, on ne s’expose pas. « Une de mes clientes vient de monter son affaire, raconte Michaël Ferrari. Elle devait diffuser de la publicité depuis des mois, tout était prêt, mais elle ne faisait rien. J’ai appris par la suite qu’elle venait de subir un échec professionnel. Procrastiner était une façon de se protéger ». D’autres raisons peuvent expliquer ce comportement, comme un perfectionnisme excessif – « je fais les choses parfaitement ou je ne les fais pas »–,ou encore le fait d’être facilement distrait et de préférer des activités plus agréables.

2 – Quel procrastineur êtes-vous ?

Pour Michaël Ferrari, il existe en gros trois profils de procrastineurs, sachant que l’on peut passer de l’un à l’autre en fonction des situations. Le « stimulé » attend toujours la dernière minute, car il prétend travailler mieux dans l’urgence. L’« évitant », lui, préfère rester dans l’ombre. Il déteste être jugé et craint d’assumer les conséquences d’un échec. Il tend à se convaincre qu’il est lent et perfectionniste. Enfin, « l’indécis » ne veut prendre aucune décision de peur de se tromper.

La procrastination n’est pas un problème en soi, mais le symptôme de quelque chose, le plus souvent d’une des peurs dont nous avons parlé plus haut. Chacun est différent, c’est pourquoi les conseils des uns ne servent généralement pas aux autres. Il est important de comprendre les facteurs déclenchants qui vous sont propres. « Pour savoir où vous vous situez, prenez un papier et un crayon, conseille le Dr Koeltz. Identifiez votre scénario type de procrastination. Détaillez ce qui se passe et ce que vous ressentez ». Un autre exercice consiste à noter le matin ce que vous projetez de réaliser et à analyser, le soir, ce que vous avez réellement fait.

3 – Préparez, organisez, découpez

La clé du succès réside dans la préparation des tâches à réaliser et dans la manière dont vous les abordez. Premier point : sachez que l’humain n’aime pas s’attaquer à plus gros que lui. Fatalement, il va esquiver. Ce dossier que vous devez rendre la semaine prochaine vous semble monstrueux. Découpez-le ! Divisez-le en petites tâches innocentes et faites-les les unes après les autres.

Dans le même ordre d’idée, vous pouvez appliquer le « plan des cinq minutes ». « Je conseille toujours à mes patients procrastineurs de se fixer comme objectif de passer cinq minutes seulement sur l’activité à accomplir, explique Bruno Koeltz. Cela paraît tout de suite beaucoup plus accessible. Une fois qu’ils ont fini, ils doivent réévaluer la situation et voir s’ils décident d’un nouvel objectif de cinq minutes ». En général, c’est oui.

En procédant ainsi vous entrez dans l’action et vous oubliez les peurs qui vous poussent à la remettre à plus tard. C’est un facteur de réussite très important. Entamer une action permet également de soigner la culpabilité qui accompagne le procrastineur : vous reprenez confiance et abordez la suite avec plus de sérénité. Si vous remettez à plus tard un dossier, un régime ou toute autre tâche qui prend plus d’une demi-heure, il est bon de planifier l’action. « Une des erreurs que l’on commet souvent, commente Michaël Ferrari, c’est de croire que nos projets sont simples et qu’ils ne nécessitent pas d’organisation. Mais si c’était aussi facile, vous l’auriez déjà fait, non ? » Reprenez votre crayon et posez un cadre à votre projet : définissez-le, prévoyez des dates de début et de fin, précisez votre rôle, vos attentes et les personnes impliquées. Avoir une vision claire de ce que vous souhaitez faire est essentiel pour passer à l’action. Ensuite, divisez la tâche en plusieurs petites actions inoffensives et insérez-les dans un planning. Prévoyez systématiquement une date de rendu idéale, en plus de la date butoir réelle, au cas où vous auriez mal évalué l’ampleur du travail (ce qui est toujours le cas). « En général, il faut prévoir deux ou trois fois plus de temps pour une action que ce que l’on calcule », estime le coach.

Le planning permet de suivre l’avancement de vos objectifs intermédiaires et d’accumuler des satisfactions bien avant d’avoir accompli toute la tâche. C’est un excellent moteur pour conserver et entretenir la motivation, surtout si vous vous récompensez au fur et à mesure

4 – Faites face aux problèmes

Il y en aura, c’est certain, et vous devez vous y préparer. Le premier écueil est bien sûr de gérer les pensées parasites. Vous vous asseyez à votre bureau et, automatiquement, vous vous demandez combien de temps vous allez tenir avant de décider de tout remettre à plus tard. « Le problème, quand on ne veut surtout pas adopter un comportement, c’est qu’on y pense sans cesse, confirme Michaël Ferrari. Cela nous distrait et augmente les risques de faire justement ce qu’on voudrait éviter ». STOP. Restez focus. Pour y arriver, vous ne devez pas lutter contre la pensée parasite. Remarquez simplement sa présence.

Ne vous jugez pas et relativisez l’envie de procrastiner. Ne lui donnez pas autant d’importance qu’avant. Pour vous aider, vous pouvez relire votre planning et les objectifs intermédiaires, en mettant en valeur ce que vous avez déjà accompli et ce qui n’est plus à faire (ouf !). Des difficultés, vous allez en rencontrer d’autres. Vous vous tromperez dans vos estimations, vous ne tiendrez pas tous vos engagements et, surtout, vous allez rechuter. La meilleure façon de rebondir est de vous y préparer.

« En général, cela arrive lorsque vous traversez une période difficile, que vous êtes malade ou que vous partez en vacances, affirme notre coach. Pour surmonter cela, il faut vous appuyer sur votre plan. Quand la période est passée, reprenez exactement là où vous vous êtes arrêté, sans réfléchir et sans vous juger. Tout cela est normal ». Vous pouvez aussi utiliser la stratégie de l’engagement positive : impliquez une autre personne dans votre projet. Ainsi, il sera beaucoup plus difficile de reculer.

Jasmine Saunier