Cette année, pour la première fois, le concours mythique Elite Model Look est ouvert aux hommes. L’occasion de découvrir les exigences du métier de mannequin et d’en tirer des enseignements pour sa propre vie.

PARIS, CENTRE COMMERCIAL DE LA DÉFENSE. LE BARNUM DU CONCOURS ELITE MODEL LOOK FAIT ÉTAPE DANS LA CAPITALE. Et pour la première fois, le concours créé en 1983 et qui a révélé Cindy Crawford, Stephanie Seymour ou encore Gisele Bündchen s’ouvre aux hommes. Victoria Da Silva, general manager du concours, le justifie par des raisons sociétales. « En termes de mode, on va vers une égalité homme-femme ; les femmes ont pris le foot après la coupe du monde de 1998, aujourd’hui les hommes ont investi la mode. » Mais cette ouverture à la gent masculine a surtout une raison économique. L’agence Elite parisienne a ouvert l’an passé un département hommes. « Les marques dédiées aux hommes se multiplient, la presse masculine aussi. Il y a des besoins pour de nouvelles campagnes, de nouveaux shootings ; on suit la réalité du marché. »

UN ENTRAÎNEMENT EXIGEANT

Les mannequins hommes qui seront recrutés ne décrocheront pas forcément d’emblée un passeport pour le strass et les paillettes. Le côté beau gosse n’est pas suffisant. Pour leurs modèles hommes, les agences recherchent surtout un feeling, une photogénie. « On cherche une singularité dans la beauté », reprend Victoria. Et puis, il y a avant tout un métier à apprendre, nous précise Hakim Chouadra, agent hommes chez Elite. « C’est un vrai travail. L’agence remplit une fonction de développement. On leur apprend à marcher, à poser. Ce n’est pas un talent-show, ce n’est pas : “on est beau, on est recruté en agence, on bosse.” » Les futurs modèles sont entraînés avec des Polaroid, des vidéos. « Je m’entraîne sur des shoots en extérieurs avec des amis photographes, confie Nicolas Simoes, mannequin vedette de l’agence. On apprend à se mettre en valeur, à repérer les parties du corps qu’on doit mettre en avant. » L’apprentissage de la démarche est une autre étape. Chez les hommes, qui n’ont pas à subir le port de talons, la démarche est très naturelle. La tête ne doit être ni trop basse, ni trop haute ; idem pour le menton. Les épaules ne doivent pas être trop voûtées, ni trop en arrière. « Pour certains, le naturel n’est pas facile. D’autres semblent avoir un don, comme un joueur de foot qui conduit sa balle facilement, reprend notre agent. Il y a des garçons qui sont très à l’aise avec leur corps. Au bout d’un ou deux passages, on voit que c’est bon. Mais comme ce doit être naturel, on ne peut pas non plus faire répéter des gammes. Ce qu’on souhaite, c’est que chaque garçon garde une allure naturelle qui lui est propre, professionnalisée, en conservant sa personnalité. »

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NE PAS VOULOIR EN IMPOSER

Connaître sa personnalité, c’est aussi avoir conscience de ses limites. Nicolas n’officie qu’en shooting et jamais sur les podiums. « Je ne corresponds pas à la demande pour ce qui concerne les défilés. C’est important de savoir ce à quoi on se destine : je ne peux pas envisager d’être top model pour Dior. » Sa personnalité, son aisance, cela se travaille avec un look simple. Le vestiaire basique du mannequin ? T-shirt col V ou rond, sans imprimé, bleu, noir ou gris ; un jean brut, plutôt foncé, des baskets sobres ou des petites bottes. Selon Hakim, « c’est la base pour les débutants. Après, chacun ajoute son esprit, sa touche. On les pousse vers la simplicité pour se présenter ; à partir de là, on travaille une personnalité. Il faut que les casteurs puissent les imaginer dans les vêtements du designer. Un mannequin ultra looké se ferme plusieurs portes, même s’il n’est pas question de définir un uniforme ».

SAVOIR GÉRER LE STRESS

La personnalité se travaille aussi loin des podiums et des projecteurs. Bien sûr, la case sport a son importance. Mais sport ne veut pas nécessairement dire musculation. Là aussi, le naturel reste primordial, pas question de « forcer » son métabolisme. « Quelqu’un qui est bien dans sa tête, cela se voit et c’est important dans ce métier comme dans d’autres, insiste l’agent Elite. L’activité sportive apporte un bien-être nécessaire, que ce soit du vélo, du CrossFit, du running… Leur corps, c’est leur outil de travail, il faut l’entretenir, en prendre soin. » La vie de modèle, entre casting, défilé et shooting, peut être éprouvante : des pics de sept à huit casting par jour, des courses à un rythme échevelé d’un endroit à l’autre, des attentes interminables, des échecs, le tout dans un stress permanent. Ce rythme ne se tient pas sans un organisme entretenu. Avec évidemment un soin apporté à son sommeil. Hakim essaie de mettre en garde ses poulains contre les tentations : « Pendant la fashion week, il m’arrive de dire à mes mannequins de lever le pied, de rentrer se reposer, même si l’after party Givenchy reste très tentante. »

UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN

Sans surprise, une bonne alimentation et un soin particulier apporté à sa petite personne sont requis. Nicolas a sa recette. « J’effectue des soins du visage. À une époque, sur le régime alimentaire, j’étais bien plus strict. J’avais supprimé les sucres, les féculents, je ne me nourrissais que de salades, légumes, poissons et jambon. Mais comme je fais désormais beaucoup de sport, j’ai des besoins en sucres lents. Et je m’autorise de temps en temps un bon plat ou un burger. C’est déjà assez dur, on ne peut accumuler les frustrations. » Car oui, le mannequinat a beau être un métier de corps, il est préférable que la tête soit elle aussi bien formée. Notre top model prend garde à ne pas s’enfermer dans un seul et même milieu. « J’ai travaillé sur des projets d’entreprises de coaching sportif notamment, il faut s’évader. Surtout que les périodes intenses succèdent aux périodes vides, il faut savoir s’occuper l’esprit loin de la mode. Je lis, je visite des expos, je vais beaucoup au cinéma. » Esprit sain et corps sain : le métier de mannequin, lui aussi, se base sur ces classiques.

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