hypnose

Un concept bizarre qui ne fait pas mal et est réputé pour soigner tout et n’importe quoi : l’hypnose a tous les ingrédients du succès. C’est le spot du moment. Mais peut-on avoir confiance ? Est-ce que ça se soigne vraiment ?

Quand on vous parle d’« hypnose », vous visualisez un cabaret ringard, un gourou en robe et un Patrick Sébastien qui trouve que tout est formidable. Vous n’êtes pas le seul. L’hypnose traîne après elle une solide réputation de music-hall qui suscite une méfiance légitime, mais remporte aussi un certain succès. « Les gens viennent vous voir en pensant : “On va m’endormir, dire trois formules magiques et je serai guéri !”, s’amuse le psychologue et hypnothérapeute Antoine Bioy. Ils ne réalisent pas que, comme toutes les techniques médicales, cela va demander un effort de leur part. »

 

Des preuves ?

Depuis quinze ans, l’hypnose s’est construit de solides bases scientifiques.

L’engouement pour les médecines alternatives n’explique pas tout. Depuis les années 80, l’hypnose rencontre un succès grandissant, car beaucoup de praticiens s’y sont mis : psychologues, médecins, dentistes ou sages-femmes, entre autres.

De nombreuses études sont venues corroborer les résultats constatés dans la pratique. Les données récentes de l’imagerie cérébrale et de la neurobiologie ont démontré qu’il y avait bien une activité spécifique du cerveau en état d’hypnose, différente de celle du sommeil. Les applications de l’hypnose ont aussi été validées scientifiquement.

« Son efficacité sur la douleur, par exemple, est largement démontrée au niveau neurophysiologique », rappelle le psychologue Antoine Bioy.
D’autres recherches sont encore en cours pour mieux comprendre son mode d’action dans des domaines spécifiques, comme la dermatologie.
Une chose est sûre : depuis quinze ans, l’hypnose s’est construit de solides bases scientifiques.

 

En quoi ça consiste concrètement ?

« L’hypnose est un état modifié de conscience »

Avec toutes ces caricatures fumeuses, on a bien du mal à se faire une idée précise de ce dont on parle. Est-ce une sorte de rêve ? Comme un somnambule ? « L’hypnose est un état modifié de conscience, définit la psychologue et hypnothérapeute Isabelle Ignace. Il s’agit d’une hyperconcentration sur une sensation, un souvenir ou un imaginaire, qui conduit à faire abstraction de tout le reste. »

En somme, vous êtes dans la réalité vraie et dans une situation imaginaire en même temps. « Pour donner un exemple, précise le docteur
Édouard Collot, psychiatre et hypnothérapeute, c’est comme lorsque, dans le bus, vous loupez votre arrêt parce que vous étiez perdu dans vos pensées. C’est un état d’hypnose. Vous étiez présent physiquement dans ce bus, mais votre esprit, lui, était à la plage… »

Vous êtes plongé dans un film ? Hypnose. Concentré sur un bilan comptable ? Encore hypnose. Finalement, l’hypnose est un état parfaitement naturel, prolongé artificiellement par le praticien.

 

hypnose

Comment ça marche ?

L’hypnose permet non pas d’évoquer une situation, mais bien de la revivre mentalement.

Tout cela peut paraître fascinant, mais, si on ne comprend pas le mécanisme, autant croire aux gourous. Parmi toutes les études réalisées, on peut citer une expérimentation de chercheurs en neurobiologie qui a montré la réalité du phénomène sur le cerveau. « Un premier groupe de personnes devait raconter un souvenir, explique le docteur Collot. Un second évoquait ce même récit sous hypnose. Un scanner mesurait l’activité du cerveau. Dans le premier groupe, les chercheurs ont seulement observé une activité au niveau de l’aire du langage. Dans le second groupe, le cerveau tout entier fonctionnait : l’aire du langage, mais aussi l’aire visuelle et celle des émotions. »

L’hypnose permet non pas d’évoquer une situation, mais bien de la revivre mentalement. « Du fait de l’activité cérébrale particulière qu’elle produit, complète le docteur Collot, l’hypnose crée une expérience, du vécu, chez la personne. » En fonction de la thérapie, le patient peut revivre un souvenir ou suivre le fil d’une situation inventée et adaptée à ce que l’on sait du fonctionnement du cerveau.

De cette façon, et guidé par le thérapeute, le patient peut accéder à son esprit, lequel est capable, ensuite, d’agir sur le corps ou le mental. « Par exemple, raconte la psychologue Isabelle Ignace, j’ai eu un patient qui souffrait de colères démesurées. En séance d’hypnose, il a visualisé lui-même cette fureur sous la forme d’un yéti. Il s’est mis à l’apprivoiser. Plus tard, chez lui, dès qu’il sentait monter la colère, il se mettait à calmer le yéti et il s’apaisait du même coup. » Chaque patient a son contexte et son imaginaire personnel : inutile de refaire sur vous le coup du yéti…

 

Quelles sont les indications médicales ?

« On reçoit beaucoup de demandes pour arrêter de fumer, perdre du poids ou régler des problèmes de sommeil »

L’hypnose est un outil qui s’applique dans différents champs médicaux, en fonction des compétences particulières du médecin ou du psychologue.
Exemples : soigner les phobies, les maladies de peau, l’asthme, les troubles du sommeil, les migraines, les problèmes sexuels, etc.

« Depuis cinq ou six ans, l’hypnose est à la mode, et on reçoit beaucoup de demandes pour arrêter de fumer, perdre du poids ou régler des problèmes de sommeil », constate le psychologue Antoine Bioy.

L’hypnose soulage les douleurs aiguës ou chroniques, physiques ou psychologiques. Certains médecins ont pratiqué des anesthésies sous hypnose ; on l’utilise aussi pour diminuer les douleurs de l’accouchement, ou après une opération. Toutes les maladies d’origine psychosomatique, comme l’eczéma ou le psoriasis, sont des indications de l’hypnose. On la retrouve enfin en accompagnement des traitements de maladies lourdes. Elle soulage des effets secondaires et permet de diminuer les médicaments antidouleur.

En revanche, l’hypnose ne guérit pas les infections d’origine virale ou bactérienne (type angine, bronchite ou rhume, par exemple), ni les cancers ou les troubles psychotiques. Ceci étant, elle peut s’avérer utile dans ces domaines en stimulant les défenses immunitaires.

 

Choix crucial : le bon praticien

L’institut français d’hypnose propose une liste des praticiens qu’elle a formés

Voilà une discipline propice aux dérives. L’hypnose, c’est le terrain du « gouroutisme ». Choisissez votre hypnothérapeute parmi les médecins ou les psychologues, en fonction de vos besoins, pourvu qu’il soit doublement diplômé : dans sa spécialité et en hypnose. Pas d’« hypnotiseur » ou d’« hypnologue ». Dans le monde du sérieux, il n’y a que des « hypnothérapeutes ».

L’Institut français d’hypnose propose une liste des praticiens qu’elle a formés ; il existe aussi un diplôme universitaire. Ce sont de bonnes garanties. «Il faut éviter absolument toutes les pratiques qui s’inspirent de l’hypnose de spectacle, résume le psychologue Antoine Bioy. Fuyez tous ceux qui font appel à la pensée magique ou qui vous disent que l’hypnose peut tout soigner et que ce n’est plus la peine d’aller voir votre médecin. »